– KITCH – « Calame exprimait ce rapport de force et de fragilité qu’on pouvait avoir dans le processus de création. »

Comme chaque samedi, tête baissé, c’est vers les salles de concert que nous nous dirigeons… Direction le Périscope, le 7 mars dernier, pour la Release Party du groupe Kitch. 

Ce soir là, les quatre membres du groupe lyonnais sortaient leur deuxième album Calame, comprenant 13 titres encore inédits. Un album complet, travaillé en profondeur, qui marque définitivement un tournant pour le groupe.

Ce soir là donc, c’était l’occasion d’aller à la rencontre de Léo, Adrien, Thomas et Dany, pour mieux comprendre leur univers.

 

Laeti : Tout d’abord, comment vous êtes vous rencontrés tous les quatre ? Est-ce que vous êtes des amis d’enfance ou bien vos chemins se sont croisés au fur et à mesure ?

Léo : On s’est rencontré à l’école à l’ENM de Villeurbanne avec Dany, on a commencé à faire de la musique ensemble puis on a rencontré Thomas et ensuite Adrien.

 

Mathis : Comment est né ce projet Kitch ? Qui a eu l’idée du nom car votre musique n’a rien de “kitch” bien au contraire !

Dany : Cela part un peu de Léo et moi au début, on jouait ensemble. Après nous avons appelé Thomas et il y avait cette idée d’avoir pas forcément un bassiste mais plutôt un clavier qui puisse faire des basses et du coup Adrien a rejoint le projet. Puis nous sommes partis nous enfermer un peu pour composer.

L : L’idée du nom Kitch vient surtout de la recherche d’un nom concis, qui allait être retenu très facilement et qui allait pas nous mettre dans une case. Avec Kitch on fait un peu ce que l’on veut, si demain on veut faire un album expérimental ou hip hop, on peut tout faire. C’est la liberté.

D : C’est ça et surtout on vient tous les quatre de musiques différentes donc c’est aussi le mariage de tous ces styles-là. On a beaucoup découvert l’un chez l’autre à chaque fois en écoutant, et puis celui qui a une compo et qui l’a ramène elle est aussi désossée car ça passe par quatre personnes différentes.

 

Laeti : Comment vous vous répartissez les tâches de travail ? Est-ce que c’est facile à quatre de trouver un terrain d’entente ?

L : Oui c’est un travail vraiment collectif, ça part d’une idée d’un des quatre et après on le travaille toujours en répétition, on ne va jamais composer un morceau tout seul.

D : C’est une sorte de symbiose, une symbiose qui évolue en plus ! C’est pas facile tous les jours, c’est un peu comme quand on est amoureux ou quoi, ça évolue.

L : Pour les paroles c’est plutôt Dany et moi qui composons. Chacun écrit sa partie et on essaie de se coordonner. Sur le premier album on l’a moins fait, c’était plus sur le second. C’est vraiment se coordonner pour raconter la même histoire mais on écrit chacun nos paroles.

 D : Après c’est très schizophrénique ce que l’on écrit, finalement c’est très imagé, très métaphorique, surtout sur Calame.

 

 

 

Mathis : Pourquoi avoir choisi l’anglais comme moyen d’expression ?

D : C’est surtout le rapport que j’ai au français, je suis très fan de la langue française, à un tel point que je ne me vois pas l’interpréter, parce que je me met sûrement trop la pression. Et puis tout simplement aussi car les musiques que j’écoutais plus jeune c’était au moins 80% de l’anglais donc j’ai été bercé par cette langue, c’est quelque chose que j’aime et c’est une langue qui est vachement malléable aussi. Par contre à l’avenir, pourquoi pas un peu de français dans nos textes.

L : Oui c’est pareil, c’est quelque chose où j’ai du mal à passer le cap et la peur aussi de se faire comprendre vraiment. Tu te livres véritablement et c’est quelque chose sur lequel j’ai un peu de mal, car finalement je pense plus à la musique qu’au texte, même si on essaye de raconter une histoire, ce n’est pas ce qui va me toucher en premier dans une chanson.

 

Laeti : Ce soir on a pu découvrir votre nouvel album Calame, le calame, qui est d’ailleurs un outil en roseau qu’on se sert pour l’écriture, quelle est donc l’histoire de cet album ?

 Adrien : L’histoire, c’est l’histoire de nous quatre. Alors pour moi le rapport au texte est un petit peu plus compliqué car j’ai rarement écouté des musique à texte, donc c’est très formateur d’être avec eux justement pour ça. Le choix du titre n’est pas lié aux textes mais on cherchait un mot, un peu pareil que pour Kitch finalement, quelque chose de concis, qui sonne, joli… Ce roseau, c’est ce qui sert à écrire, donc tout ce qui touche à la création et philosophiquement c’est intéressant.

L : On a choisi ce mot là car il représente bien le processus de création de ce disque qui a duré assez longtemps finalement, 1 an. On est parti en février de l’année dernière pour le composer et on a terminé de le mixer en février de cette année, donc il y a eu vraiment 12 mois qui se sont écoulés entre les deux et ça a été beaucoup de moments super cool et des moments aussi hyper durs ou très fatiguant car on est toujours tous les quatre au conservatoire donc les horaires étaient difficiles parfois. Et le calame c’est marrant parce que c’est un bout de bois, un crayon, qui se tord mais ne se casse pas et qui devient très fragile au contact de l’eau. Ça exprimait ce rapport de force et de fragilité qu’on pouvait avoir dans le processus de création.

D : On a aussi notre propre définition, c’est un mot qu’on s’est finalement approprié.

 

 

Mathis : Pour vous, la production de cet album a t-elle été une évolution dans sa construction ou alors est ce que c’était quelque chose de bien défini à la base ?

L : Il y a une trame musicale quand même. On a voulu faire une sorte de transition entre le dernier titre du premier album et le premier de Calame. Et puis pour le reste c’est vraiment l’ouverture sur le deuxième album avec des nuances. C’est un peu comme un roman.

 

Laeti : On a l’impression qu’« Henger » votre premier album, était plutôt une expérience d’écoute scénique alors que les titres sur « Calame » ont une durée plus courtes, est-ce une volonté de proposer une écoute plus accessible, plus individuelle ?

D : Oui il y’a de ça et puis il y’a vraiment cette idée où le premier on venait de se rencontrer, on est partis, on a discuté ensemble c’est un peu ça cet album, c’est de la découverte entre nous et c’est vraiment quelque chose d’ultra ouvert sur notre vie. Puis ensuite on prends de l’expérience et on se dit qu’on va peut être éviter de faire des morceaux que de 8 minutes. Il y avait cette idée de faire des choses plus concises et on se rends compte que c’est un exercice qui d’ailleurs n’est pas facile, on a dû recouper certains titres de Calame car finalement ils étaient encore un peu plus long.

L : Si tu veux même au niveau du son, le premier est plus expérimental car tout a été enregistré en live sauf quelque claviers, alors que sur le deuxième on a vraiment fait un travail sur le son, plus pointu.

 

Mathis : Le single « Night Tripper » est beaucoup plus groovy que d’habitude, est ce que cela annonce un virage musical différent de ce que l’on a l’habitude d’entendre ?

 L : Oui en fait tous les quatre on s’est dit qu’on voulait faire quelque chose de différent, on a tous évolué depuis le premier album. On écoute tous des choses très différentes de ce que l’on écoutait au moment de ce premier disque, donc on voulait tenter de se faire un vrai disque où on s’est bien tous cassé la tête et nous avons bien été aidé par le studio Kasa Nostra qui a fait un travail remarquable sur cet album. Ils nous connaissent par cœur donc forcément ça aide.

D : Il y a énormément de dimension humaine dans ce groupe et on veut la garder le plus possible.
On s’est entouré de personnes qu’on aimait bien, on prends vraiment le temps de savoir avec qui on veut faire cette expérience. On est une sorte de famille. La “Kitch Fam” !

 

 

Laeti : Vous vous êtes exilés en Bretagne pour la production de vos deux albums, on sait que c’est une région qui te tient à cœur Léopold, est ce une volonté de faire découvrir ton environnement au groupe, un genre de retour aux sources ? Comment vous êtes vous imprégnez de l’endroit qui vous entoure dans vos compositions ?

Thomas: Je n’y étais jamais allé avant le premier album, ça a été une découverte pour moi.

D : Je connaissais un peu mais pas ce coin, qui est d’ailleurs très joli.

L : Il y avait l’envie de leur faire découvrir mais surtout on avait envie de partir quelque part, pour s’enfermer pour composer et surtout pour se retrouver et se découvrir tous les quatre.
On savait déjà qu’on s’entendait bien et qu’on était capable de faire cela.

On avait plusieurs idées mais au final on a choisi d’aller chez un ami qui nous a proposé cet endroit en Bretagne. Du coup on a composé les deux albums là bas. Cette maison finalement fait partie de nous aussi. C’est un lieu où je suis très attaché, c’est toute ma vie et puis les gars aiment bien, on a créé une attache commune.  On sera amené à retourner pour travailler la bas, pour composer y’a pas mieux, c’est magnifique !

D : D’ailleurs, gros bisous à Hervé ! (rires)

 

Mathis : En 2019, vous avez tourné dans différentes villes de France, comment avez-vous vécu cette tournée ?

D : Super bien ! Et puis c’était un peu un crash test car si il y en a un qui n’y arrive pas, et bien tout le groupe s’effondre. La tournée c’est vraiment un élément important au niveau des rapports humains.

L : Oui on s’est rendu compte que ça marche, on en a refait dernièrement et on compte bien en refaire !

Mathis: Avez vous perçu une ambiance différente en fonction des salles ? Est ce que c’était un public qui vous connaissez déjà à chaque fois ?

L : On est toujours une découverte.

D : Oui toujours une découverte même pour nous d’ailleurs, il n’y a pas eu un seul lieu qu’on connaissait et où on avait déjà joué.

L : C’est différent à chaque fois mais finalement il y a beaucoup de similarité, les gens découvrent un projet pour la première fois et nous pour le coup, on est vraiment au début du projet qui n’a pas encore deux ans donc parfois on a joué devant 10 personnes, parfois il y avait plus et tu vois bien sur la tête des gens quand ils apprécient ou pas. Mais le plus important c’était surtout le rapport entre nous qui était génial, ça a confirmé qu’on est capable de faire cela.

 

 

Laeti : Quel a été justement votre meilleur souvenir de cette tournée ?

D : Pour moi c’était à Paris au Supersonic, il y avait les copains car je viens du nord de Paris à la base, et c’était un super concert où les gens étaient au taquet, ça dansait de partout.
Ça fait chaud au cœur car je suis parti pendant certaines années, tu reviens pour montrer à tes copains ce que tu as fait et faire rencontrer d’autres copains. C’est bourré d’émotions, j’ai failli chialer à la fin. (rire)

L & T: C’était le feu oui, c’était cool !

L : Tous les concerts était bien, mais pour moi le concert à Troyes au The Message, j’ai vachement aimé parce que c’est une sorte de lieu un peu en dehors du temps. C’est marrant car c’est un disquaire/café d’une bande de potes, on a joué hyper tôt en mode “showcase” par terre sur le carrelage devant les vinyles et les gens étaient tout collés, ils nous ont donné un accueil incroyable bien qu’ils nous connaissaient pas. On était au même niveau des personnes et il y avait beaucoup de complicité partagée.

 T : Moi j’ai un bon souvenir d’alcool notamment à Marseille (rires). L’accueil était super marrante, c’était vraiment un super concert où on a bien rigolé, et c’était la première date de la tournée en dehors de Lyon. C’était un beau sketch (rires), d’ailleurs Franky on te fait des bisous car on a passé un super moment.

 A : J’ai que des bons souvenirs et puis on découvre les univers de chacun, c’est ça qui est sympa je trouve.

 D : J’en profite pour parler de Toulouse parce que le Bar le Ravelin où on a joué va sûrement fermé, donc il y a une pétition qui circule, vous pouvez la trouver sur notre page. C’est un lieu qui permet à plein de personnes de venir jouer donc il faut les soutenir !

L : Oui on a besoin de ces lieux là, ces associations, de ces personnes qui se bougent pour faire vivre la musique en France, même ailleurs ! Et pour le coup ils sont en train de fermer un par un, il faut se battre et en parler, c’est important.

Lien juste ICI. 

 

Mathis : Quels sont vos projets pour 2020, avez vous déjà des dates de prévues ?

L : On va plancher sur le troisième album !

D : On bosse également sur une tournée mais on a aussi l’école à terminer donc chaque chose en son temps.

L : Oui on s’investit beaucoup dans nos études, avec le groupe on commence à beaucoup travailler tout le temps, on a tous des petites choses à faire à côté, et c’est notre dernière année donc faut pas qu’on se loupe ! 

T : Grosse tournée non mais il y a des choses qui arrivent qu’on communiquera prochainement.
Il y a déjà une date qui est sortie pour le 24 avril à
Mâcon à La Cave à Musique en première partie de Flamingods.

 

 

Laeti : Pour terminer, quel est votre « Point G » musical du moment ?

T : En ce moment, c’est vraiment Sampa The Great, j’écoute vraiment beaucoup même si je connaissais déjà.

L : Mon coup de cœur du moment que j’aime beaucoup c’est Alessandro Cortini qui est un des membres de Nine Inch Nails, il a bossé avec beaucoup de monde et là il a sorti un truc avec Daniel Avery, c’est incroyable. Son dernier album est incroyable, tout ce qu’il fait c’est incroyable en fait (rires).

 

 

D: Moi c’est Black Midi, leur dernier album Schlagenheim est époustouflant !
Sinon je suis revenu à Talking Heads a mort !

A : J’écoute beaucoup l’album Immunity  de Jon Hopkins et Spaces de Nils Frahm, je suis un grand fan des deux.

 

 

 

 

 

 

 

 

Interview réalisée par Laeti Brlld et Mathis Biyiha / Photos de Lucile Thoron 

Vous pouvez retrouver le live report photo de cette Release Party de KITCH directement ici