– GANACHE – « Hikikomori, ça parle de renfermement sur soi même, de ne pas sortir, de ne rien faire… C’est créer une bulle musicale. »

Il y a un temps où le confinement n’existait pas, où voguer de salles en salles était presque banal, à la recherche de groupes et musiciens qui pourraient nous faire voyager un peu. Cette banalité nous manque, beaucoup. On se remémore alors nos derniers souvenirs, derniers instants partagés prenant le large, avec pour seul capitaine à bord : un groupe, des artistes qui nous dévoilent leurs univers quelques minutes..

(Putain c’est fou ce qu’on peut en dire des conneries après 8 jours de confinement…)

Bref, l’un de nos meilleurs concerts avant cette obscure période, c’était lors de la Release Party de Ganache au Chromatique, le 28 février dernier. Bizarrement, leur EP Hikikomori se prête parfaitement à la situation à laquelle nous sommes tous confrontés – en effet, les Hikikomori au Japon, sont des personnes, préférant vivre enfermées chez elles, s’excluant volontairement.  Drôle de situation, n’est ce pas ?

Un évènement particulier donc, qui annonce plein de belles choses à venir pour le duo Ganache alias Juliet et Loïs et l’occasion pour nous d’en apprendre davantage sur ce nouvel EP.

Hikikomori est un condensé unique, avec de multiples influences à eux deux. Les plus téméraires diront: “un subtil mélange entre soul enivrant, shoegaze et rock nostalgique”. Eux se définissent comme “Deviant Pop” –

En arrivant là-bas, on connaissait principalement leur single Pala sorti il y a quelques mois maintenant : un morceau puissant à l’image de l’EP et du live que le duo nous a concocté ce soir là.

 

Laeti : Bonsoir Juliet et Lois, tout d’abord merci de m’accorder un peu de votre temps pour cette première interview que j’ai l’honneur de faire en votre compagnie.
On sent une belle complicité entre vous deux, cela fait plaisir à voir, comment vous êtes vous rencontrez et comment le projet Ganache est-il né ?

Juliet : On s’est rencontré à notre école de musique à Tours et on est devenus super potes, puis on a commencé à faire de la musique ensemble. On répétait chez moi: batterie, guitare, instrumental, garage… Ensuite on a intégré des voix, c’était quelque chose de presque obligé à intégrer, car ça nous manquait beaucoup. Le projet Ganache est né en 2017 et nous on se connaît depuis 2015.
Ça a été un coup de foudre amical, c’était une évidence !

Laeti : Comment vous vous organisez, qui écrit les paroles, qui compose ?

Loïs : C’est assez partagé.

J : Loïs est plus doué que moi pour écrire des choses en anglais, j’avoue (rire), il parle mieux anglais que moi.

L : C’est vrai que sur les paroles c’est peut être un peu plus moi, mais nous sommes assez complémentaires. Ce qu’il se passe souvent c’est que moi j’arrive avec une idée hyper brute, pour certains morceaux, car parfois Juliet compose le rif à la guitare et ça part de là. Par exemple sur le morceau Hiki, c’est Juliet qui a trouvé la voix et moi la guitare.

J : En fait c’est toujours la guitare qui lead.

 

Laeti : D’ailleurs, pourquoi avoir choisi la langue anglaise comme moyen d’expression ?

J : Pour être honnête, je trouve que le français est hyper difficile à respecter dans l’écriture, du coup, on préfère l’anglais car déjà phonétiquement ça sonne super bien, c’est très musicale comme langue et donc on s’est dit aussi que ça allait toucher plus de monde, puis les paroles c’est peut être pas la chose la plus importante dans la musique, même si on dit des trucs cools mais c’est un moyen de laisser surtout place au chant.

L : Après dans le texte ce qu’on aime surtout c’est la mélodie, c’est comment on va chanter les mots, pour que ça colle parfaitement à la mélodie, à l’esthétique puis finalement il y a des choses qui sortent toutes seules aussi. C’est vrai qu’on parle souvent de spleen, c’est quelque chose qui nous colle à la peau.

J : Surtout l’EP Hikikomori ça parle de renfermement sur soi même, de ne pas sortir, de ne rien faire… C’est créer une bulle musicale.

L : Oui, c’est l’image qui nous plait, exactement.

 

Laeti : Pour moi cet EP est une sorte de thérapie, je ressens de la nostalgie, de la tension, de la légèreté presque comme un état méditatif… Comment vous vous percevez cet EP et qu’elles émotions s’en dégagent ? Est-ce que vous avez le désir de transmettre des émotions fortes à votre public ?

L : Alors oui il y a un peu de tout ça, cette idée de trop plein d’émotions, c’est quelque chose qui me parle vachement car quand je veux écrire un texte, et je pense que Juliet c’est pareil quand elle joue une ligne de guitare, il y’a quelque chose à lâcher à ce moment là.

J : C’est ça, un lâcher prise dans la composition et même dans le live car même nous, on lâche prise de plus en plus.

 

Laeti : Pourquoi avez-vous choisi le titre de l’album en japonais, qu’est ce que ca vous évoque ?
Hikikomori veut dire “en retrait”, avez vous été des “Hikikomori” pendant des mois pour la construction de votre EP ? D’où vient cette inspiration japonaise ?

J : Déjà notre première pochette de l’EP, c’est une pote qui l’a dessiné et c’était très inspiré des oeuvres d’Hokusai et du Japon quand même dans le dessin, et j’ai toujours voulu écrire Ganache avec des lettres dans le style japonais mais ça ne fonctionnait pas trop (rires). Le mot Hikikomori c’est moi qui l’ai proposé à Loïs et je trouve qu’il sonnait bien. C’est d’ailleurs aussi pour cela qu’il y a une chanson qui s’appelle « Hiki », de base elle s’appelait Hikikomori mais on a décidé de couper le mot. La définition du mot je la trouve hyper stylée et puis tous les documentaires et articles que j’ai regardé sur les Hikikomori m’ont beaucoup inspiré, il y a quelque chose d’artistique dans ce retrait que ces personnes s’imposent, un mal de vivre. Je trouvais ça chouette cette contradiction de faire un album “ouvert”, c’est comme une ôde aux Hikikomori.

L : Ca tombait de sens, et puis aussi on aime bien les voyelles, la poésie du mot en lui même. Toutes nos chansons sont des onomatopées d’ailleurs.

 

 

Laeti : Sur la pochette de l’album on peut voir que vous flottez paisiblement d’un côté Juliet et de l’autre côté, Loïs coule lentement. Aussi au début du premier titre Kiddo on entend de l’eau, pourquoi cette référence si particulière à l’eau ?

J : On aime trop ça parce qu’en fait on est blindé de nappes, d’effets qui sont hyper aquatiques et hyper aériens. La pochette c’est un peu la représentation du duo complémentaire ou moi je flotte, lui il coule mais tout va bien (rires).

L : C’est la bipolarité du truc intérieur/extérieur, une dualité. Y’a quelque chose d’assez mélancolique dans l’expression qu’on voulait faire ressortir lors du shoot photo avec Mathilde Tardif.

J : Un genre de cercle, le Ying et le Yang comme si ça pouvait tourner et que finalement nous pouvons inverser les rôles.

 

Laeti : Dans le clip “Pala”, on voit des vidéos d’archives de vous enfants, je présume ? Qu’elle est cette représentation, est-ce un trop plein de nostalgie ? Il me semble que c’est un des tout premier titre que vous ayez fait, c’est le résultat final d’une longue introspection ?

J : Oui, Pala c’est le premier titre qu’on a composé, on a dû le changer 7 fois au moins mais le thème est toujours resté, la guitare au milieu. Finalement, deux ans ce sont passés et de remettre des images anciennes comme ça oui, ça ramène complètement de la nostalgie.

L : Le Papa de Juliet a filmé beaucoup de choses pendant des années, notamment Juliet pendant 10 ans.

 

 

J : Oui du coup on s’est dit pourquoi pas en faire un clip car Lois avait également quelques archives, autant que ça serve !

L : On voulait faire une sorte de révérence à nos familles, à l’enfance et au temps qui passe…

J : Et la tristesse aussi de cette vie qui s’envole (rires). En vrai on est assez nostalgique, émotif, la notion du passé c’est quelque chose d’assez lourd et de voir les images, ça fait revivre un peu ces moments passées.

 

Laeti: Parlons nostalgie justement, qu’est-ce que vous écoutiez quand vous étiez ado ? (Rires) on balance les dossiers !

J: J’étais fan d’Avril Lavigne, je le dis, je l’assume ! J’allais au Skate Park avec ma guitare (rire). Bon le premier et le deuxième album à la limite par contre là maintenant c’est poubelle quoi (rires).

 

 

 

L : De mon côté c’était plutôt The Offspring que j’écoutais énormément, mais en même temps j’écoutais Rage Against the Machine a côté. Ça c’est les choses un peu plus énervés mais j’écoutais aussi du Jamiroquai, du Phœnix, j’étais à bal de pop déjà à l’époque.

J : Je peux dire que les premiers CD que mon père m’a acheté c’était Bob Dylan et les Beatles, ça a commencé par pas mal de pop folk, après je suis passé au rap et je suis revenue au rock.

L : Je crois que l’un comme l’autre on a écouté pleins de choses différentes, je me suis jamais senti appartenir à une scène vraiment.

J : C’est ce qu’on essaye de faire dans Ganache du coup, y’a un mélange de tout ça, du rock, de la soul, du jazz, la pop, du garage…

L : Même si techniquement on entend pas tout ces mélanges, il y’a plein d’inspirations de tous ces styles là finalement.

 

Laeti: Comment appréhendez-vous la scène ? Avez vous des rituels ?

J : On essaye de ne pas manger avant de jouer, ça c’est le rituel (rires). Avant Ganache on avait pas une grande expérience de la scène, du coup on se forme vraiment avec ce projet, la performance du duo à gérer avec tous les différents instruments, c’est un vrai exercice a chaque fois. Mais on peut dire qu’on est assez stressés avant les lives oui.

L : Tout les deux on est d’une nature assez stressée et ça se détend au fur et à mesure du concert.

 

Laeti : Quels sont les futurs projets pour 2020 et plus ?

L : Il y a des petites choses en création, un ou deux morceaux qui peuvent ouvrir à un album peut être…

J : On est en train de bosser sur une tournée en mai avec deux trois dates de prévues, il y a un festival à Villefranche et le Mondial de la bière par rapport au Ninkasi Musik Lab, au Parc Floral à Paris.

L : Une tournée en août aussi, mais tout ça c’est en train d’être bosser sur le booking en ce moment, on essaye de s’entourer un petit peu de pros même si on a déjà du monde autour de nous, dédicace à Alice, qui nous file un gros coup de main de management, une pro des mails (rires). On a aussi Ben du Marché Gare qui a de bons conseils, il nous suit pas mal depuis les Inouïs. On est bien entourés.

 

Laeti: Enfin pour terminer, pouvez -vous nous dire votre “Point G” musical du moment ?

L : Nick Hakim, ça a pas mal influencé Ganache, ça fait 3 ans que j’écoute ce mec je l’aime beaucoup trop, c’est vraiment mon chouchou. Et la grosse découverte de ces trois derniers mois c’est Patrick Watson, le dernier album qui s’appelle « The Waves » qui est magnifique, je m’en lasse pas du tout ! C’est de toute beauté et je le conseille à tout le monde !

 

 

J : Bon pour moi le meilleur groupe c’est les Beatles, ils ont changés le monde ! Ça c’est dit ! Sinon y’a King Krule, le dernier album « Man Alive ! », il me rend dingue ! C’est incroyable !

L : Il y a des tas de trucs, on pourrait en parler pendant des heures, on s’envoie tout le temps de la musique entre nous.

J : Oui on a carrément un top album où chacun ajoute sur sa liste ses albums préférés. Il y a par exemple Homeshake, dans les plus classiques Jeff Buckley, Nirvana, du jazz aussi comme John Coltrane, Pharoah Sanders… Il y a aussi Jessica Pratt, Alice Phoebe Lou et Jerkcurb et du côté de Loïs, Erykah Badu et Insecure Men

 


Ganache nous a offert une expérience unique lors de cette soirée, un voyage dans le temps, une introspection émotive. Un onirisme qui nous donne envie de prendre le temps de déguster et profiter de ce temps de calme pour voyager.
Quel plaisir de voir un duo aussi complice sur scène comme dans la vie, où l’on ressent une connexion, un lâcher prise… Il n’y a plus qu’à fermer les yeux et se laisser bercer.

Retrouver le live report en photos © Lucile Thoron