RONE – Électro transitive et message humaniste avec Room with a View

Le 24 avril est sorti le 5ème album du génial Rone. Électro et techno, optimisme et effondrement, nature et humanité. Loin d’être opposés, ces termes sont complémentaires et c’est ce que veut montrer Erwan Castex avec Room With a View. L’œuvre du musicien s’écoute mais se lit aussi. Entre les lignes. Analyse.

Pas une année ne s’écoule sans que Rone livre un chef-d’œuvre dont lui seul a le secret. Spanish Breakfast en 2009. Tohu Bohu en 2012. Mirapolis en 2017. Des étapes marquantes entrecoupées de morceaux et projets disséminés ici et là. À travers ces œuvres musicales transitives et engagées, on voyage, dans l’espace et le temps. 2020 est d’ores et déjà l’année de Room With a View

L’opus s’ouvre sur le bien nommé Lucid Dream, onirique au possible. Le titre évoque un rêve lucide, éveillé, sur lequel on a une emprise. Rone va nous décrire le monde d’après, ce qu’il voit depuis sa chambre (Room with a View), ce qu’il imagine.

Par la suite, Rone évoque à plusieurs reprises la nature, que ce soit au travers des titres Sophora Japonica, Gingko Bilboa ou encore Le Crapaud Doré. Les deux premiers portent le nom d’arbres à l’incroyable longévité, ayant traversé les époques quand le troisième rappelle une espèce malheureusement disparue. 

Gingko Biloba a d’ailleurs eu droit à un clip sorti le 9 avril mettant en scène un festin en pleine fôret, métaphore à peine cachée de la société de consommation et de ce qu’elle laissera aux générations futures.

La transition entre la Nature et le Nouveau Monde est assurée par La Marbrerie. S’il n’évoque pas le haut lieu de la culture musicale parisienne, le morceau est à ranger sur l’étagère des coups de génie, à côté de Brest et Tempelhof.

La pièce maîtresse de l’album est sans conteste Nouveau Monde. Dans un morceau approchant des 7 minutes, Rone convoque le scientifique Aurélien Barrau et l’écrivain Alain Damasio pour penser le « Nouveau Monde ». Le premier appelle à « simplement consommer un peu moins bordel ! » quand le second envisage de « vivre de façon décroissante, avec des low-techs, de la permaculture, sans revenir à la bougie« . On notera la phrase de Damasio en climax du morceau : « Ce n’est pas le fait de savoir et d’être informé qui te fait changer. C’est le fait que tout d’un coup, ta perception a tourné« 

On ne peut s’empêcher de penser au titre Bora Vocal dans lequel Rone collaborait déjà avec l’auteur de La Horde du Contrevent. Une claque à redécouvrir.

Au-delà d’un message puissant, Erwan Castex nous offre des morceaux typiquement roniens. L’éponyme Room With a View et son étourdissante stéréo ou l’avant-dernier et puissant Raverie dans lequel l’expression rêve/rave-party prend tout son sens.

Rone mise sur l’humanité, il croit en son changement, à une prise de conscience  globale. Room With a View porte un message loin d’être défaitiste. Que ce soit Human, Esperanza ou Babel, les morceaux sont optimistes. Premier single de l’album paru en janvier, Human rassemble des fans de Rone ayant accepté de participer au clip. Les choristes donnent de la voix au clip tourné dans l’impressionnante salle des tapisseries du château de Châteaudun. Comme si l’humanité chantait d’une seule voix. 

Sur l’enivrant Babel, des individus échangent en différentes langues et laissent peu à peu la place à un orchestre électronique. Les voix deviennent des encouragements sur Esperanza, à mesure que l’électro ronienne se transforme en techno dopée aux pas militaires des danseurs du ballet de Marseille. Rone est clair quand au message du morceau : « Optimisme et énergie positive« .

L’album se clôt sur Solastalgia, néologisme signifiant la peur d’un changement brutal du à son environnement, une déstresse environnementale et existentielle. Malgré son titre, ce morceau est doux, apaisant et termine l’opus sur une proposition, une invitation à changer de direction.

Bien que loin d’être composé pour l’occasion, Room With a View résonne avec l’époque confinée que nous vivons. Le monde est dans l’incertitude et doit changer. Un album en grande partie instrumentale qui porte un message fort. Un album rempli d’espoir, qui aborde le futur de la civilisation et de la musique avec optimisme. On se souviendra de 2020 comme l’année du Coronavirus et comme celle où Room With a View est sorti.