Ma Pauvre Lucette : « On essaye vraiment de raconter des histoires dans nos morceaux, de poser des univers » 

Le 13 Octobre dernier, on a discuté avec Ma Pauvre Lucette avant leur concert au Château du Rozier à Feurs (42). A mi-chemin entre variété, slam et chanson pop, ces tendres garçons chantent la disparition d’une amie commune : « Lucette, tu es partie trop vite. Ces mots sont pour toi. », voilà comment ils définissent ce projet original niché entre poésie, théâtre et chanson. Rencontre avec Manu, Cédric, Arthur, Julien et Andreas sur la terrasse d’un château perdu.

 

Bonjour MPL, pour commencer, vous pouvez-présenter brièvement le groupe à ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

 

Manu : On est MPL, qui signifie Ma Pauvre Lucette, on est originaires de Grenoble et on fait de la chanson avec des influences slam, pop, musiques tropicales…

 

Votre premier album « MPL » est sorti en 2015, un album composé de 19 titres, ce qui est assez conséquent pour un premier album, pourquoi ne pas avoir sorti d’EP avant l’album, était-ce un besoin immédiat de déverser toutes vos chansons d’un coup ?

 

Arthur : Le groupe s’est formé en 2012, on a directement commencé à composer. On se retrouvait, on composait, on tournait un clip et on le postait directement sur Youtube. Puis l’idée d’un album a émergé, cet album c’est un peu une sorte de compilation de 3 ans de travail, c’était une sorte de sauvegarde de tout ce qu’on a fait pendant ces années.

 

Cédric : Pendant longtemps, on était complétement en dehors des sentiers de la musique, on a longtemps rejeté l’idée de faire un album ou un EP, on publiait des morceaux et on les laissait faire leurs vies. C’était plus un besoin de rassembler tous nos titres pour faire une sorte de rétrospective de nos compositions. C’était le best-off de MPL ! Puis quand on a sorti l’album, on a essayé de réfléchir à la cohérence qu’on allait donner à l’album.

 

Vos concerts sont très originaux, ce sont de vraies cérémonies musicales et théâtrales, d’où vous est venue cette idée de mise en scène pour chaque concert ?

 

Cédric : Quand on a fondé le groupe en 2012, on était seulement trois, il y avait déjà des morceaux qui parlaient de Lulu et de disparitions. Au début on appelait ça des « slam », on déclamait des phrases entre les morceaux pour faire des liens, on a toujours eu cette envie d’avoir un fil rouge. Au début, on faisait intervenir des amis de là où l’on jouait, on leur disait « ce soir tu vas être le maître de la cérémonie » et on leur écrivait des textes… puis Arthur est arrivé et petit à petit il est devenu le maître de cérémonie officiel. Dans les concerts en général, il y’a toujours un malaise quand il faut mettre à l’aise le public entre deux morceaux,  on voulait sortir du classique « Est-ce que vous êtes chaud ce soir ? », on essaye vraiment de raconter des histoires dans nos morceaux, de poser des univers donc s’il y’a pas de transition ça fait un peu une douche froide.

 

Manu : Il y’avait une volonté d’injecter une petite partie de l’émotion du morceau par une phrase ou une ambiance avant que la musique commence. Du coup, avoir quelqu’un qui incarnait ça, c’était le bienvenu et Arthur le fait à merveille !

 

 

Comment procédez-vous pour écrire les paroles des chansons, c’est une écriture collective/ personnelle ?

 

Cédric : On a souvent l’intuition d’un thème, on se dit « on a envie d’écrire une chanson sur ce sujet », puis on écrit des paroles, il y’a comme une espèce d’énergie collective quand on écrit nos morceaux, on s’influence les uns les autres.  On écrit tous des bouts de phrases puis après on pioche, on rassemble. Par exemple, dernièrement, on a composé une chanson, j’ai écrit le début et Arthur a écrit la fin, tout est possible ! Notre écriture est flexible et collaborative !

 

Arthur : On a le même fonctionnement pour la musique, même si c’est plus facile de proposer des textes que des lignes de guitare !

 

Dans vos chansons, vous mêlez un peu les genres, entre variété française et slam, parfois des sonorités électroniques, parfois des textes rappés, vous êtes à l’image de la nouvelle scène française qui ne rentre pas dans un cadre prédéfini, pourtant vous n’êtes pas autant médiatisés que ces artistes, est-ce un choix de vous tenir à l’écart de ce « boom » médiatique ?

 

Cédric : Je pense que ça vient du fait qu’on ne part pas du tout d’un milieu pro. Il y’a des projets qui se lancent avec des connaissances dans la musique et qui posent leur musique directement à un endroit, ils payent des attachés de presse pour faire le boulot. Nous, on a vraiment fait de la musique dans notre coin sans rien demander à personne, du coup on a établi des connexions avec un public mais pas avec un réseau pro. C’est un travail d’être médiatisé et on ne l’a pas fait. Ce n’est pas une question d’envie, c’est juste qu’on avait vraiment la tête ailleurs. Après c’est peut-être aussi qu’on n’est pas assez « bankeable » comme d’autres, parce qu’on ressemble ce qu’on ressemble et puis c’est tout. Après, il y’a beaucoup de gens qui aiment notre musique car elle reste un peu secrète.

 

Manu : Un jour, il y’a une fille qui est venue nous voir à la fin d’un concert et elle nous a dit « le jour où je vous entends sur NRJ, j’arrête de vous écouter ».

 

Je vois votre album un peu comme un livre à histoires pour enfants, où se mêlent fait réels et histoires inventées, comme si vous aviez transposé des histoires de votre vie dans un monde imaginaire et poétique, qu’est-ce que vous en pensez ? 

 

Cédric : En fait, c’est au moment d’essayer de lui trouver un sens qu’on s’est rendus compte qu’il y avait plusieurs morceaux très différents : certains qui parlaient directement de la disparition de Lucette, d’autres un peu plus romancés, des histoires qu’on avait envie de raconter pour s’en sortir mais aussi des morceaux qui n’avaient rien à voir avec Lucette. Tout compte fait, il y’a une sorte de cohérence non-voulue, tout notre univers se reflète bien dans cet album. Et c’est drôle parce que parfois les gens trouvent des liens qu’on ne voit pas !

 

 

Le dernier morceau de l’album « Requiem » sonne un peu comme un adieu, mais rassurez-nous, vous avez d’autres projets avec MPL ?

 

Manu : Alors, oui, on est en train de travailler sur un nouvel album. On veut finir la maquette avant noël et faire le nécessaire pour qu’il sorte à la fin de l’été prochain. On veut prendre le temps de le médiatiser, de bien s’entourer, de faire ça dans de bonnes conditions.

Arthur : Pour qu’on passe enfin sur NRJ ! Non, on va essayer de le penser comme une suite du premier, de poursuivre l’histoire..

 

Ma Pauvre Lucette se produira le 10 Novembre à la Tannerie (Bourg-en-Bresse).

 

 

© Crédit: Anthony Sion