Martin Luminet : « J’ai envie que mes chansons ressemblent à ce que j’aurais pu dire »

Il y’a quelques temps déjà nous avons rencontré Martin Luminet avant son concert au Petit Salon dans le cadre du festival « Les Petits concerts du Petit Salon ». Lyonnais exilé à Paris, ce garçon pas si timide qu’il en a l’air joue avec les mots comme avec la vie sur une musique un peu pop, un peu variété et même parfois électronique. On a discuté avec lui de son projet qui vient tout juste d’éclore autour d’un café en terrasse.

 

Bonjour Martin, alors ça fait quoi d’être un garçon qui écrit des chansons ?

 

Martin Luminet : Ça fait beaucoup de choses. Je crois que la chanson me sert un peu à retrouver qui je suis. Il y a pleins de choses qu’on traverse dans la vie qui nous brouillent les pistes et puis vient un moment où il faut trouver qui l’on est. C’est un peu une recherche de soi à travers la chanson et l’écriture. C’est aussi une bonne feinte pour rattraper les trucs de la vie, une bonne escroquerie quoi !

 

Tu viens tout juste de débarquer sur la nouvelle scène française, ça fait longtemps que tu écris ou c’est nouveau pour toi ?

ML : Après le lycée, j’ai commencé à faire de la musique avec des copains parce que je m’ennuyais un peu dans ma vie. Ils jouaient tous d’un instrument et moi je leur ai fait croire que je savais chanter, alors j’ai écrit un texte pour aller à leur répétition et c’est à partir de là que je me suis mis à écrire. Tout s’est fait assez tard contrairement à d’autres qui ont baigné dedans depuis toujours. Jusqu’à vingt ans je n’ai pas fait grand-chose et puis c’est quand j’ai commencé à écrire que je me suis rendu compte que je voulais faire de la musique.

 

Dans tes chansons, à la manière d’un Biolay ou d’un Vincent Delerm, tu adoptes un « parlé-chanté » qui donne un peu l’impression de te connaître, comme si tu nous racontais directement ton histoire, ça te tient à cœur de parler tes textes plutôt que de les chanter ?

 

ML : Oui, carrément ! Dans la vie j’arrive pas vraiment à dire les choses importantes aux gens quand ils sont en face de moi donc je fais des chansons. J’ai envie que mes chansons ressemblent à ce que j’aurais pu dire. Je ne voulais pas qu’il y ait d’esthétisme particulier dans ma musique, je n’avais pas envie de faire un truc beau, j’avais envie de faire un truc vrai. J’ai réussi à faire ça sur mes premières chansons alors maintenant j’accepte un peu plus de chanter. Au début j’avais besoin de la musique pour rattraper les choses et maintenant je me sens beaucoup mieux.

 

 

Ton projet musical est assez récent, les deux morceaux que tu as sortis pour le moment sont des morceaux assez sombres, mélancoliques, le premier EP va ressembler à ces extraits ?

 

ML : Oui, il y a un truc assez sombre qui est clairement assumé. Mais il y’a aussi beaucoup de dérision, je n’arrête pas de me dire que ce n’est pas grave tout ça, que c’est la vie, c’est que des émotions, c’est comme des soucis de luxe. Il va y avoir beaucoup de second degré dans les autres morceaux.

 

Tu conçois tes concerts comme des films, d’ailleurs dans un de tes morceaux tu dis « ma vie est un film d’erreurs », quelle importance a le cinéma dans ta musique, dans ta vie ?

 

 ML : Ça va être le virage d’après. J’avais vraiment envie d’adapter des chansons en film, il y’a des fois je regarde des scènes de vie et j’essaie d’imaginer les voix qui se disent, il y a comme des voix off dans ma tête. Le cinéma c’est une forme d’art ou tu peux tout retrouver : la voix, la musique, le silence. En musique, j’aime beaucoup les silences, et j’aimerais les retranscrire d’une façon ou d’une autre, mais je sais qu’on ne peut pas faire une chanson de silence. Au cinéma tout se dit par les yeux, par les corps, par le silence et j’aimerais bien réussir à écrire de beaux silences.

 

Tu peux nous parler de tes inspirations cinématographiques ?

 

 ML : Les chansons d’amour de Christophe Honoré, tout Christophe Honoré en fait. Ça m’a secoué. François Truffaut par la force des choses et parce qu’il y’a La nuit Américaine. Ses films qui parlent de films ça me fait délirer, il mélange la vie et le cinéma et je trouve que c’est d’une ambiguïté délicieuse.

 

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

 

ML : J’écoute beaucoup le dernier album Odezenne. J’écoute pas mal un artiste canadien qui s’appelle Mormor et le dernier album de Disiz La Peste aussi.

 

 

Comment tu décrirais ta musique à quelqu’un qui ne t’a jamais écouté ?

 

 Je dirais que j’essaie de transmettre une sorte de violence sensible à travers mes chansons.

 

Pour finir, quel est ton point G musical, ce qui te fait le plus vibrer dans la musique ?

 

ML : Ce qui me fait vraiment vibrer c’est la voix des actrices qui chantent. Elles ont une espèce d’imperfection dans la voix, on l’entend beaucoup dans les films d’Honoré. On n’est pas dans de l’interprétation mais dans de l’incarnation. On ressent une sorte de peur, de danger car elles ne sont pas à leur place, elles ne sont pas chanteuses mais pourtant elles arrivent quand même à surmonter cette peur.

 

Crédit photo : Ines Chtouki