La fête noire de Grand Blanc à l’Epicerie Moderne

Il n’y a pas toujours besoin d’un train ou d’un avion pour s’évader, parfois il suffit seulement d’un concert. Les concerts de Grand Blanc sont des voyages intérieurs qui déposent dans nos esprits des images inconnus, parfois familières, des images froides et flous qui ressemblent à des souvenirs. Après une Cigale pleine à craquer c’est à Lyon que le groupe s’est arrêté jeudi dernier, encore et toujours dans notre salle de l’amour : L’épicerie Moderne. Une cérémonie majestueuse pour célébrer Image au Mur, leur tout dernier album sorti mi-septembre.

Pour débuter la soirée, c’est une belle collaboration entre l’Epicerie et le Festival Nouvelles Voix en Beaujolais qui nous a été présenté. C’est le slammeur Mehdi Krüger et son musicien Ostax qui ont distillé leur poésie révoltée sur une foule peu nombreuse mais attentive. Accompagnés par les jeunes musiciens du Conservatoire de Villefranche-sur-Saône, il nous dépeint une société souffrante à coups de phrases coups de poing et de mots amères. La fièvre est annoncée.

C’est au tour de Grand Blanc d’entrer en scène. Les lumières s’éteignent puis se rallument, « Surprise- Party » retentit, nous voilà invités à une fête qui ne fait que commencer. A peine le temps de reprendre nos esprits que nous sommes propulsés à « Los Angeles », destination de luxe pour débuter ce voyage nocturne. S’enchaîne le sulfureux « Rêve BB rêve », Camille se la joue marchande de rêves et se mêle à la foule, la nuit est dans nos mains, on repense à nos soirées passées à séduire des ombres. « Tu donnes l’amour, de ceux qui n’ont pas d’amour, à ceux qui n’ont plus d’amour », « Belleville » s’illumine sous nos yeux, Paris n’est pas si loin, l’amour non plus.

La soirée vire au violet sur le troublant « Isati », les voix résonnent et se confondent nous laissant de marbre. On se rafraîchit la mémoire sur le vertigineux « Verticool », morceau du premier album de Grand Blanc « Mémoire vive ». Après la torpeur, la douceur d’ « Ailleurs »,  bercée par la voix onirique de Camille transporte la foule, le voyage est bientôt terminé.  Le spectacle se clôt sur « Samedi la nuit », une partie du public se téléporte sur la scène aux côtés du groupe pour danser et ne faire qu’un corps, on entendra Benoît nous dire après le concert « C’est la première fois pour cette tournée où les gens osent danser sur la scène ». À Lyon, on adore être la première fois. Le groupe reviendra une dernière fois pour chanter « Montparnasse », triste adieu qui, à cette-heure-ci, résonne encore entre les murs de l’Épicerie.

Le beau chaos touche à sa fin, les corps se dirigent timidement vers la sortie, dehors il fait froid, et nous, on a un peu froid au cœur, on est un peu sombre à l’intérieur. Comme quoi, la noirceur peut être une couleur, Grand Blanc nous l’aura bien montré ce soir.

SETLIST

Suprise party

Los Angeles

Rêve BB rêve

Belleville

Les îles

Isati

Degré zéro

Aurore

Verticool

Image au mur

Ailleurs

L’amour fou

Samedi la nuit

Montparnasse

© Leelou Jomain