L’Impératrice : « Ce qui fait le morceau c’est un consensus. On se retrouve tous dans un esprit commun et on le développe ensemble. »

Après 3 EP’s à succès, l’Impératrice et son groove dévastateur livrait son premier album, Matahari au printemps dernier. On a rencontré trois des membres de ce sextet : Flore (chant), Achille (guitare) et Charles (claviers et fondateur du groupe) juste avant leur concert au Transbordeur le 28 novembre dernier. On a discuté de Paris, de concerts et de musique évidemment..

 

« Pour votre premier album, c’est toi Charles, qui a composé la majeure partie des titres comme dans les EP’s précédents ? 

C : Non ce fût un travail collectif, on a fait ça tous ensemble.

 

Comment avez-vous fait pour mixer les envies de chacun ?

 

C : Disons qu’il y en a un qui propose une suite d’accord, une maquette ou une idée. Ce qui fait le morceau c’est un consensus. On se retrouve tous dans un esprit commun et on le développe ensemble.

 

 

Qu’elles sont les influences que vous revendiquez sur cet album ? 

 

 

C : Le truc qui a changé c’est qu’on a beaucoup plus exploré le format chanson qui est un format assez prétentieux et très difficile à manier parce qu’il faut des bonnes paroles.

 

 

F :  C’est surtout que la voix est mise en avant dans le format chanson.

 

 

C : La seule chanson qu’on avait sorti jusqu’à cet album c’était Agitations Tropicales, dans le format couplet-refrain. C’est la première chose qu’on a osé faire. On a aussi osé les cordes sur Masques, ce coté très bande originale, orchestré etc. On a osé des trucs un peu plus « pointus » comme, la version instrumentale, la ballade en ternaire dans Entre-deux

 

 

 

Pour l’écriture des textes, comment ça se passe ?

 

 

F. On les a fait à 4 mains en général. C’est toujours à partir d’une idée de départ, de Charles ou de moi, après on brode. C’est difficile d’écrire tout seul parce que tu n’as pas beaucoup de recul et l’avantage c’est qu’on est souvent d’accord sur le regard qu’on a sur les textes, du coup plus c’est fluide.

 

 

Votre premier morceau du premier EP, l’Impératrice était rappé, de-même que votre dernier morceau sorti Là-haut en featuring avec Lomepal. Est-ce une volonté de revenir aux sources ? 

 

C : Non je ne crois pas que c’était une volonté de retour aux sources, c’était plus une opportunité qui s’est présentée. On a beaucoup croisé Lomepal sur les festivals cet été et puis on s’entend assez bien. Je pense que c’est à la fois amusant et important de montrer aux gens que le rap est devenu de la pop. En tout cas la pop a beaucoup plus de visages aujourd’hui, elle est moins figée que ce qu’elle était avant et je crois que c’était important de fusionner nos deux univers.

 

 

Pourquoi ce choix d’une instrumentalisation déjà écrite par vous et un texte déjà écrit par Lomepal ?

 

 

C : Parce qu’on n’avait pas le temps ! [rires] C’est une rencontre qui s’est fait comme ça, il est venu chanter ses paroles sur Là-Haut au Casino de Paris, les gens avaient bien réagi et du coup on a décidé de l’enregistrer. Mais à la base l’idée c’était pas de créer une exclue ou quoi que que ce soit. C’était vraiment de montrer comment on pouvait matcher nos deux univers à partir de choses déjà existantes.

 

 

F : C’était un truc de l’instant, c’était pas « allez on va se faire une collaboration« . De toute façon je pense que ça aurait été compliqué parce que c’est un artiste qui est très occupé et nous on est quand-même beaucoup en tournée. L’idée ce n’était pas d’aller jusque là, c’est juste un petit croisement.

 

 

 

 

 

Niveau tournée vous en êtes où ? Au milieu ? À la fin ?

 

 

C : Au commencement de la fin je dirais.

 

 

F : De la fin française en tout cas. Parce qu’après on a une grosse tournée internationale. On va aux Etats-Unis, au Mexique, on bouge pas mal l’année prochaine. Et puis y’a les festivals d’été qui vont revenir…

 

 

 

Une préférence de ville où faire un concert ? Un public à conseiller ?

 

 

F : Il y’a des villes où il fait toujours bon jouer, genre Nantes par exemple. C’est la première date de la tournée qui s’est remplie alors que c’est une grande salle – Le Stereolux -. On savait que ça allait être la folie, c’était la semaine dernière. Tous les concerts qu’on a fait là-bas en fait, les gens ont une espèce de chaleur…

 

 

 

A : La Belgique aussi, chaque fois le public est dingue.

 

 

F : Lyon se défend bien aussi cela dit ! Le dernier concert qu’on avait fait ici, au Club Transbo avec Pépite était super bien.

 

 

La scène du club Transbo est petite pour six…

 

 

C : Ouais c’était serré serré… Mais les gens avaient super bien réagi, il y avait une très bonne énergie.

 

 

Donc Lyon ça va ?

 

 

A : Ah ouais grave !

 

 

 

C : Après la salle est très très, très grande, c’est 800 places et quelques… Mais en général les grosses villes, après Paris, les gens sont toujours assez demandeurs. Ce qui était intéressant avec le public nantais, c’est qu’il était vachement à l’écoute. Le public et ses réactions varient énormément selon les villes. Il y en a qui sont là pour danser, pour faire la fête, tu sens les étudiants un peu re-bou… A Nantes ils étaient très à l’écoute et ça se sentait, dans les applaudissements.

 

 

 

F : Et puis après t’as les surprises des petites villes. Par exemple on avait fait un concert au printemps c’était à la Roche sur Yon, en Vendée. On était genre « Woh c’est quoi ce bled ?! » et les gens : c’était incroyable ! C’était un des meilleurs concerts de la tournée.

 

 

Une anecdote de concert ?

 

 

A : Cet été c’était drôle, on jouait le jour de la finale de la Coupe du Monde. On aime beaucoup le foot donc on était un peu deg’. C’était à Aix-les-bains pour Musilac. On a pu voir la première mi-temps, on est allés se changer à la pause et quand on est arrivés sur scène, c’était la reprise de la deuxième mi-temps. Là, il y’a eu les troisième et quatrième buts et devant nous tu devais avoir 150-200 personnes, même moins et derrière des milliers de personnes qui étaient devant les TV, on voyait les mecs étaient « ouais !  » et nous on était sur scène, on était trop contents ! C’est un beau souvenir ! En plus on a été viré de scène au bout d’un morceau et demi parce qu’une tempête s’est déclenchée et tout le festival a été annulé… Franchement je m’en souviendrais toute ma vie.

 

 

Transition toute trouvée : vous êtes plutôt festival ou concert en salle ?

 

 

C : Disons qu’en festival, tu n’as pas un public acquis et du coup tu vas vraiment chercher les gens, tu crées une setlist plus dansante, plus enchaînée… En concert tu peux te permettre d’avoir un moment plus chanson et de jouer plus longtemps, c’est vraiment différent… En concert tu installes un truc tandis qu’en festival tu vas vraiment chercher les gens, c’est le but aussi.

 

 

 

Quels lieux vous ont inspiré pour le premier album de l’Impératrice ? Paris j’imagine ?

 

 

F : Oui Paris évidemment. Pas vraiment dans les paroles mais plus dans la composition, on a composé l’album à plusieurs endroits différents. Un petit peu dans le Sud de la France, chez mes parents dans le Lubéron. Un petit peu en Champagne et là il faisait très très froid, c’était en janvier, dans un studio perdu dans la campagne. Il y a un peu de ça aussi dedans. Il y a un peu de bourgogne aussi, parce que le batteur a une maison de famille à Mailly-le-Château donc on est pas mal allés là-bas pour composer. C’est vrai que c’est souvent la campagne. On habite en ville donc forcément on est très influencés aussi…

 

 

 

A : L’influence de l’album c’est peut-être la nuit aussi.

 

 

C : Complètement oui, il y a un truc très nocturne sur cet album, une espèce de quiétude un peu étonnante, un peu mystérieuse, presque effrayante suivant les morceaux. Il y a un coté faussement posé, faussement calme. C’est une des humeurs de l’Impératrice.

 

 

 

 

 

Vous vous sentez parisiens au final ? 

 

 

A : Moi complètement, je suis né là.

 

 

F : Moi non. Je viens du Sud de la France donc je me sens pas vraiment parisienne même si je pense que je le suis malgré moi. Mais oui, j’habite là et puis c’est une chouette ville au fond.

 

 

C : Au final, être parisien c’est pas vraiment un état d’esprit. Il existe le parisien de souche, qui est né à Paris et qui a ses petits coins, ses petites habitudes mais comme n’importe qui. Je pense qu’être parisien a un sens plus large, c’est surtout avoir accès à énormément de choses et c’est quand-même une chance, même si c’est une ville très difficile. Tu vois je pense que si j’avais commencé ce projet autre part qu’à Paris, ça n’aurait pas fonctionné de la même manière. J’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment… C’est une ville qui permet d’avoir des opportunités, je pense qu’un parisien sait saisir ces opportunités. Nombre de gens qui habitent en province viennent à Paris pour bosser, pour trouver quelque chose, pour leurs études. C’est le principe d’une capitale aussi, d’une ville très riche culturellement.

 

 

 

Pour finir, quel est votre Point G musical en ce moment ? 

 

 

C : Papooz a sorti un excellent morceau hier, Danger to Myself.

 

 

F : Le nouvel album d’Anderson Paak ! Avec l’ouverture…

 

 

A : Castelmaure de Flavien Berger et tout son dernier album Contre-Temps. (notre interview juste ici). »

 

 

© Justine Targhetta