Terrenoire : « Le Black Paradiso c’est un peu un ami imaginaire, une manière d’inventer un monde »

C’était il y a un peu plus d’un mois, au théâtre de Villefranche sur Saône, pour le festival Nouvelles Voix en Beaujolais. Ce soir-là, le beaujolais nouveau venait tout juste de sortir, j’en ai bu un verre en les attendant dans le hall. Terrenoire, c’est deux frères « frisés et impudiques » qui ont quitté leur quartier stéphanois pour la grande ville. Terrenoire, c’est Théo et Raphaël en quête d’un paradis terrestre. Terrenoire, c’est des drôles de garçons qui aiment bien mettre des musiques d’ambiance pour parler pendant les interviews.

 

Racontez-moi Terrenoire.

 

Théo : Terrenoire, c’est deux frangins qui font des chansons à l’orée de l’électronique, du hip-hop, et de tout ce qu’ils ont écouté petits, c’est-à-dire du R&N’B et beaucoup de musique classique.

 

Raphaël : Ils racontent une histoire d’odyssée de Terrenoire, leur quartier d’enfance, vers le Black Paradiso, qui est le royaume qu’ils inventent et qu’ils espèrent voir arriver à l’intérieur du monde.

 

C’est un moyen de s’enfuir ou une utopie que vous imaginez pour rendre la vie un peu plus supportable.

 

R : Ce n’est pas une fuite, c’est plutôt l’idée de faire émerger un havre de paix à l’intérieur du monde. C’est le défi de se dire que l’imaginaire peut avoir un rôle à l’intérieur du réel, dans l’existence humaine, ce qui est déjà le cas de la musique. Nous, sans musique, on est dépossédés, on n’a rien à faire dans ce monde, si on ne crée pas, on ne fait rien. Le Black Paradiso, c’est un peu un ami imaginaire, une manière d’inventer un monde, c’est comment créer un autre monde à l’intérieur du monde. Aujourd’hui, Black Paradiso, ce n’est pas qu’un concept, c’est aussi notre label et notre maison d’édition. On veut grandir avec cette idée, être élevés par cette idée.

 

Dans votre premier EP « Terrenoire », vous abordez l’amour sous différentes facettes. Quel effet ça a pour vous de parler d’amour dans vos chansons ?

 

R : C’est des points d’accroche pour raconter d’autres choses. Sur cet EP, chaque chanson d’amour est un prétexte pour parler des relations humaines.

« Le cœur en latex » aborde une maladie d’époque, c’est l’histoire de la lâcheté masculine, c’est pour dresser un tableau, exprimer cette idée de la complexité d’aimer. « La nuit des parachutes », c’est l’histoire d’un mec qui vit très mal le polyamour de sa copine et qui s’autodétruit. « La pianiste », c’est le plus tendre des morceaux, mais il y a quand même un côté un peu pervers, dans le sens où cette pianiste, c’est nous, et c’est ce qu’on fait vivre à nos copines, on est obnubilés par notre carrière et nos créations. « Allons là-bas », c’est une chanson sur l’angoisse existentielle dans le cadre d’une relation sexuelle, le mec il fait l’amour à sa nana, et il a peur de ne pas y arriver, et cette peur s’agrandit jusqu’à devenir une peur existentielle. « Le silence » parle de la mort, de ce qu’on va faire avant de mourir, est-ce qu’on va réussir à aimer avant qu’on meurt.

 

 

Dans tous les clips que vous avez sortis, vous avez choisi d’ajouter les paroles en dessous de la vidéo, comme une sorte de karaoké. Pourquoi ce choix ?

 

: Parce que c’était important pour nous de mettre le texte en exergue.

 

: Mettre le texte au centre, c’est une manière de dire « on veut bien vous créer des images, fabriquer des clips, mais ce qui compte, c’est les chansons et les textes ».

 

Aujourd’hui, vous avez sorti un nouvel épisode de votre fameux journal de bord sous forme de mini-films poétiques. C’est important pour vous de raconter votre histoire à travers un support vidéo, en plus des chansons et des clips ?

 

R : Oui, c’est important, parce que Terrenoire, c’est de la musique, des chansons, mais c’est aussi un récit. L’idée, c’est que quelqu’un qui découvre le groupe maintenant peut retracer notre parcours à travers ces vidéos. Et pour nous, c’est une interrogation permanente de ce que l’on est en train de faire, c’est une poétique du journal, on veut poétiser les choses, les sublimer, et essayer de comprendre ce qu’on est en train de faire.

 

 

Récemment, vous étiez en résidence à Foule Sentimentale chez Didier Varrod. La plupart des artistes qui sont passés par là explosent par la suite. Comment vous vivez cette ascension ?

 

R : On ne vise pas le succès, nous on veut avoir du public, que nos chansons s’écoutent, se diffusent. Après, si le succès nous permet de nous élever, s’il nous permet d’être plus exigeants, meilleurs musiciens, meilleurs sur scène, meilleurs humains, de rencontrer des gens… on veut bien l’accepter.

 

Raphaël, il y a une certaine rage sensible dans ta façon de chanter, je pense en particulier au dernier couplet de « Allons-là bas » ; une rage qu’on retrouve beaucoup chez les artistes de la scène hip-hop. Vous vous inspirez de cette scène pour Terrenoire ?

 

R : Oui, la scène rap, mais après il y a plein de genres musicaux où il y a de la colère et de l’indignation. C’est une attention voulue sur ce morceau en particulier, il y a peut-être un peu de désespoir. C’est une sorte de colère triste.

 

Quel est votre point G musical, ce qui vous fait le plus vibrer dans la musique ?

 

T : T’es prête ? (il montre la musique du doigt) Ça c’est un gros point G, John Tavener, « The Lamb ».

 

R : Quand c’est poignant, quand il y a de l’émotion, quand les choses sont tellement belles qu’elles viennent à l’intérieur de toi te faire du joli-mal.

 

https://www.youtube.com/watch?v=BCnYdL_co6Y&frags=pl%2Cwn

 

Terrenoire se produira le 29 mars au Festival les Chants de Mars (69)

 

 

© Zoé Joubert