La Night Fever de Minuit au Transbordeur

Si Ernest Hemingway nous disait « Paris est une fête », quand on écoute Minuit, il nous vient l’envie terrible de transformer l’adage en « Minuit est une fête ». Minuit, c’est le sextet électrique composé de Simone Ringer, fille de Catherine Ringer, figure mythique du groupe Rita Mitsouko. Il y a deux semaines, le groupe parisien a célébré son dernier concert de l’année 2018 au Transbordeur et nous a fait danser jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au bout de l’envie. Mêlant la pop eighties au rock énergique, Minuit nous a téléporté dans une époque pailletée au parfum d’aujourd’hui.

 

Pour ouvrir la fête, c’est le crooner DeSaintex qui nous a présenté son tout premier EP « Je vois, je crois », écrin de pop aérienne empli de poésie orageuse. Une voix grave et sensible qui nous conte ses voyages entre vagues électroniques, twist moderne et jazz expérimental. « Sous les cocos », « Fedex », DeSaintex nous a offert un aller sans retour vers un pays exotique inconnu.

Après cette belle découverte, Minuit entre en scène. Les musiciens rentrent un à un et s’approprient l’espace pour nous livrer une longue intro aux accents funky et mettre la foule en haleine. Puis Simone, comme venue d’une autre planète, débarque dans son costume noir étincelant, éclairs bleus brillants sur les yeux, et commence le set avec la déclaration nocturne « Le goût du sel ». Les cinq sens en éveil, le spectacle peut alors commencer. Comme tout droit sorties d’une série des années 80, les premières notes d’ « Exil » résonnent, une Lettre à France moderne pour nous crier un mal du pays. La soirée s’électrise sur le beau « Vertigo », titre éponyme de l’album. Les guitares crient sur la scène. Nous, en bas, on a déjà le tournis.  « Avec le temps, on devient fleurs bleues… » pour annoncer « Obsession », désir et amour sont les maîtres mots des fêtes de Minuit. On se laisse charmer par le regard envoûtant de Simone. Changement de température. « Glacial » retentit. Mais le froid ne dure qu’un temps, et dans un enchaînement inattendu, le groupe reprend le tube disco « You should be dancing » des Bee Gees. Il n’en faut pas plus au public pour transformer le Club Transbo en piste de danse géante.

Retour à la capitale, « Paris tropical » nous fait transpirer, même en plein hiver. S’enchaîne la reprise délirante de Miami Sound Machine, « Dr. Beat ». Simone s’effondre pour simuler le malaise en criant « Call Emergency ! » ; elle se livrera finalement à un show spectaculaire. Le rideau se ferme sur la ballade orientale « Oran », morceau poignant qui fige les aiguilles le temps d’un instant. Le groupe reviendra nous faire danser une dernière fois devant les néons lumineux sur le titre déjà tube « FLASH ».

 

Comme un éclair dans la nuit, Minuit nous laisse en partant un souvenir délicieux, brillant de mille feux. Même s’il n’y a pas d’heure pour danser et pour jouir de la fête, celle qu’on préfèrera désormais sera sans doute Minuit.

© Leelou Jomain