Bouquet de pleurs : Tamino au Transbordeur

A seulement 23 ans, le chanteur belge Tamino s’impose comme le maître du quart de ton. Auteur d’un premier album « Amir », véritable bijou pop aux accents orientaux, il s’est arrêté à Lyon lundi dernier pour un voyage céleste au coeur de la mélancolie.

 

Vêtu élégamment de noir, Tamino entre calmement sur scène. Pas un bonjour, mais une première chanson en solo, rapidement immersive : Intervals. Rare silence. Le public est transporté instantanément, il est là et nul part ailleurs, concentré et attentif. Sur le second morceau Sun May Shine, Ruben Vanhoutte, le batteur et Vik Hardy, le claveriste montent discrètement sur scène. D’une beauté hypnotisante, le jeune Tamino livre à son public un concert simple, dépourvu de tout spectacle ou gestes d’égo. Les musiciens ne sont pas éffacés. À l’affut, les deux instrumentistes semblent maitriser parfaitement leur prestation. Tamino, lui, chante les yeux fermés, pas besoin de regarder son manche de guitare. Tout est controlé, subtilement interprété. La batterie et le clavier jouent un rôle d’accompagnement indispensable, mais les mélodies sont menées par la voix et guitare, occupant alors une place importante dans l’ensemble sonore.

 

 

Les morceaux s’enchaînent, entre quelques petits mots d’un français hésitant. D’origine égyptienne, le chanteur belge livre un concert imprégné d’airs orientaux. So It Goes, le sixième morceau, sera prolongé. Dès lors, les violons orientaux seront lâchés. Flotte alors une atmosphère arabique prenante. Sa voix de contre-ténor sonne comme une flûte enchantée et ensorcèle le public. On n’en croit pas nos yeux, est-ce possible, une telle voix ? On fixe ses lèvres pour s’assurer qu’elle est bien réelle. Elle apparaît comme un instrument placé là, entre la guitare, le clavier. La voix vagabonde et échappe à la réalité, on la croit venue d’ailleurs. Le phénomène se reproduira plusieurs fois, sur la chanson Persephone ou encore le tube Habibi. Cette dernière cloturera les 1h20 de concert. Sonnant comme un déchirant appel à l’aide, cette ode à la solitude donnera des frissons et fera couler quelques larmes dans le public. Tamino quittera la scène mais reviendra pour un rappel généreux et inattendu : une reprise du tube Let It Happen de Tame Impala.

 

Le concert se termine, le public, trop ému pour parler, est comme lâché dans le vide, incapable d’atterrir.

 

SETLIST

Intervals

Sun may shine

Cigar

Each Time

Reverse

So it goes

Verses

Tummy

Indigo night

Persephone

Will of this heart

Habibi

Encore:

Let it happen (Tame Impala Cover)

Smile

 

© Justine Targhetta, Eloïse Clanet