LAST TRAIN : « Ce que l’on souhaite le plus possible, c’est de transmettre des émotions. »

Un retour en trombe et pas des moins émérites est en train de se dérouler pour les quatre garçons de Last Train. Après des mois d’absence, un album annoncé, The Big Picture sortira le 13 septembre et déjà deux titres qui font déjà sensation – The Idea of Someone et Disappointed. Que même les plus sceptiques n’ont pas tari d’éloges.

Nous sommes allés à la rencontre de ceux qui portent le cuir et le revendique dignement. C’était donc le 9 juillet, à 17h30 sous les chênes qui arborent le parc du Château de la Clayette. À l’occasion du festival Saint Rock, nous avons rencontré Jean-Noël Scherrer, guitariste et chanteur, Timothée Gerard, bassiste, Julien Peultier, guitariste et Antoine Bashung, batteur du groupe.

Essayons donc de ne pas vous en dire trop, ou du moins juste assez sur ce nouvel album – The Big Picture. Un bon teasing du coup, pour essayer de mieux comprendre où Last Train veut nous emmener.

 

© Justine TARGHETTA

Eloïse : « Voilà maintenant plus d’un an que nous n’avons plus de nouvelles de vous, on sait simplement que vous travaillez beaucoup, ça va ? Vous touchez Terre ? Et vous étiez passé où surtout ?


Jean-Noël : Je sais pas, ça dépend par quel angle on regarde cela… Le rythme reste toujours intense. C’est assez compliqué à gérer parce qu’il n’y a aucun retour qu’il soit public, médiatique, ou professionnel. Il n’y a rien eu pendant un an alors qu’on a travaillé dur en « sous-marin », comme on dit. On a été dans notre microcosme, notre local de répète, notre studio, au bureau…. ce qui est bizarre quand on a eu la chance de pouvoir échanger avec un public pendant trois ans. Le fait de revenir nous fait du bien, ça nous permet de respirer, ça nous fait du bien de juste revoir des gens. Ça redémarre, on est content.

 

E : Venons-en aux faits, votre album The Big Picture sort en septembre. Comment s’est-il construit ? Que raconte-t-il ? 


Tim : On travaille toujours de la même façon, c’est beaucoup d’idées de Jean-Noël. On travaille ensuite les chansons tous ensemble, en répet. Il nous a fallu le temps de s’approprier les morceaux. Cela a duré toute l’année, jusqu’à l’enregistrement studio en novembre, il y a un an. Trouver la ligne directrice du morceau peut prendre trois mois comme deux ans. On a arrêté de tourner fin 2017, ça faisait longtemps qu’on s’était pas retrouvés comme ça, tous les quatre. Depuis le lycée en fait.

 

E : Et du coup, cette composition s’est-elle faite différemment que sur le premier album ? 
 


Antoine : Le premier album a été composé en tournée, et forcément conditionné par le live parce que l’on faisait beaucoup de concerts. (ndlr – environ 350 concerts à leur actif). Le fait de s’être un peu retiré de la route nous a permis de creuser chaque morceau, de plus réfléchir, rien n’est fait au hasard, tout a été conscientisé. Comme on le dit souvent, cet album est un peu moins gratuit.

Julien : Sur le premier album on retrouve des chansons qui ont été enregistrées en 2014 et d’autres à la fin de l’année 2016. Des titres comme Fire ou Cold Fever (sortis en 2014) n’ont même pas été retouchés pour l’album. Ce qui a été intéressant pour nous sur ce deuxième opus, c’est le fait d’avoir pu se poser pour construire un album qui correspond à une période donnée.

JN : C’est beaucoup plus introspectif qu’avant. On se cherchait, on se découvrait, il y avait même des fictions, je pense à Jane, je pense à Cold Fever. C’était les débuts, il y avait moins de choses à raconter aussi parce que l’on avait 17 ou 18 ans. Après ce premier album, on a vécu des années qui ont été importantes pour chacun d’entre nous. On a eu la chance d’avoir une période où l’on a bougé et évolué que ce soit physiquement ou psychologiquement.

 

E : L’enregistrement s’est bien fait en Norvège, c’est ça ? Est-ce que cela vous a inspiré ? Est-ce que l’on retrouve cette atmosphère sur l’album ? 


A : Les chansons étaient évidemment composées en arrivant Norvège mais pour le coup, l’endroit et le lieu ont apporté une plus-value à l’album. Il y avait une vibe vraiment particulière.

J : Ce que l’on souhaite le plus possible, c’est de transmettre des émotions à travers des micros. Ce que l’on a essayé de faire comme sur le premier album d’ailleurs, mais avec un fond et une forme différente. On essaie juste de transmettre des émotions, ça aide à ne pas nous éparpiller.

T : Par exemple une chanson comme A Step Further Down (que vous retrouverez prochainement sur l’album) c’est un thème que Jean-Noël jouait au piano sur place. Il a demandé à Rémi (ndlr Rémi Gettliffe, producteur de l’album, ingénieur son et fondateur de White Bat Recorders) de l’enregistrer un soir. On était tous dans le studio, dans le noir complet et ça s’est fait en une prise. On l’aurait jamais testé ailleurs d’ailleurs, et finalement elle se retrouve sur l’album.

 

E : Est-ce qu’il y a eu une remise en question artistique ? Si vous aviez des attentes particulières pour The Big Picture ? 

JN : La création est assez spontanée donc il n’y a pas de schéma particulier. Quand on était en train d’enregistrer la fin de Weathering, je composais déjà des nouvelles chansons pour The Big Picture. Effectivement moi je trouve qu’il est radicalement différent du premier mais il y a une continuité. Cette continuité c’est le fait que l’on joue tous les quatre ensemble. C’est du Last Train et ce n’est pas un autre groupe donc il n’y a pas de remise en question si ce n’est qu’on a continué à évoluer. C’est une suite logique en fait. Pour nous, les trois volets (EP1, EP2 et premier album) sont une entité unique, on retrouve d’ailleurs des titres des EP sur l’album. Voilà c’était le début et ça permettait de poser les bases de ce qu’est Last Train. On voulait présenter quelque chose de radicalement rock. On était plus jeunes. Ce deuxième album pour nous c’est justement le moyen de rester ce même groupe de rock mais simplement d’exploiter des nouvelles choses, à savoir des choses plus élégantes, plus mélancoliques, plus mélodiques, plus orchestrées etc. Voilà pour nous c’est un deuxième chapitre, on aime bien dire ça.

 

E : Vous avez pu enregistrer avec les musiciens de l’Orchestre symphonique de Mulhouse, comment s’est déroulée cette expérience ?

A : Ce qui est joué par l’orchestre sur l’album ce sont des mélodies que Jean-Noël avait déjà écrites et pensé pour des cordes, mais qu’on adaptait à la guitare dans notre local de répet. Tout a été réfléchi à la base.

T : On a pu travailler avec Hervé Jamet, un excellent compositeur et arrangeur ainsi qu’avec Rémi Gettliffe afin d’adapter ces idées pour les différents pupitres.

JN : C’est dingue d’entendre ces morceaux joués par tout un orchestre après une si longue période de travail dans l’ombre.

T : C’était pas évident non plus, mais on est très content du résultat. C’est quelque chose qu’on avait envie de faire depuis longtemps, ça avait du sens de le faire maintenant sur ce deuxième album.

 

© Eloïse CLANET

 

E : Vous revenez de Corée, où vous avez passé quelques jours, comment ça s’est déroulé ? Comment était votre public sud-coréen ?

A : On est déjà allé jouer plusieurs fois en Asie (au Japon, en Chine, au Vietnam, en Inde, etc…) et on a jamais d’attentes particulières parce qu’on sait qu’on n’est jamais déçu. Tu prends ce qui vient et c’est généralement fou. On pu jouer au DMZ Festival, à une vingtaine de bornes de la frontière entre la Corée du Sud et la Corée du Nord, et le but du festival c’est d’envoyer un message de paix en Corée du Nord en balançant du son plein nord. Tout s’est super bien passé même si on a eu un énorme orage pendant le concert. Pleins de gens sont arrivés en imper’. Tim se prenait des seaux d’eau sur la gueule enfin bref. Au final la date était trop ouf parce que les gens étaient vraiment à fond, ils sautaient, criaient, dansaient, c’était dingue.

T : C’est des trucs qui arrivent pas dans tous les pays, mais c’est ça qui est génial. Et puis c’est con à dire mais c’était encore mieux le fait qu’il y ait la pluie.

A : Suite à cette date on est retournés à Séoul pour jouer et dans la nuit, plein de gens qui nous ont vus la veille ont pris leurs tickets. Du coup on a fait complet dans un club à Séoul !

 

E : Avez-vous des valeurs en tant que musiciens ? Sachant que vous êtes également à la tête d’une agence de production, Cold Fame depuis bientôt cinq ans. Votre regard a t-il changé sur l’industrie musicale ? 


JN : On a jamais voulu être des donneurs de leçons. Ce n’est pas qu’on est anti-politique mais ça n’a jamais été notre but que de faire passer un message particulier. On écoute et on joue de la musique pour ressentir des émotions, ressentir des choses profondes, kiffer avec les gens et être tous ensemble, entre meilleurs amis.

T : Dans le festival qu’on te citait à l’instant, le message était celui de la paix, mais ça fait partie des valeurs de la musique, c’est universel.

JN : Ceci étant dit, on a conscience qu’on fait parti des portes paroles d’une nouvelle génération rock. De plus, on a une double vision des choses parce l’on est artistes mais aussi producteurs. On se rend compte au quotidien de ce que peut représenter l’industrie musicale et ses travers, on s’en protège, et je crois que ça renforce encore plus nos convictions qui sont celles du rock, cette musique qui se joue et qui se vit en live, tout simplement. Cette musique qui devient prise de risque au moment de monter sur scène : le fait de ne pas avoir d’ordis, de bandes, de samples, de séquences, de sur-production… Parfois il y a des pains, des fausses notes, des fois, il y a des accidents, des fois ça groove pas, mais ça fait partie du live. Cold Fame en est aussi le symbole, celui du live, de la tournée, de la prise de risques.

J’en reviens à ta question, il y a quelque chose qui me tient à coeur. On écoute un peu de tout, plein de styles de musique différents mais on écoute aussi beaucoup de styles de rock différents et on est très respectueux et admiratifs de tous les styles de rock, là où beaucoup de gens autour de nous sont vite critiques, les uns envers les autres. Bah moi ça me casse les couilles que les fans de psyché maudissent le pop rock ou le hard-core. J’en peux plus des musiciens qui se crachent dessus pour des histoires de look, de poses, ou d’autres sujets futiles. Le rock est un style de musique qui est super fragile aujourd’hui et je pense qu’il faut plus que jamais de l’entraide et du soutien. Tous les groupes sur La Messe de Minuit (le festival qui tiendra place à Lyon, les 19, 20 et 21 septembre – un article arrive très prochainement) sont des groupes live, des groupes rock, c’est des groupes qui en chient toute l’année. Je pense que ça peut être bien justement de se rassembler et de partager un moment ensemble. Si tu n’as pas exactement le même mode d’expression, le même style musical, les mêmes influences, tu as quand même les mêmes valeurs qui vont être celles de la guitare, du bon titre, de l’instant live. Et nous c’est un truc qui nous importe beaucoup. C’est un peu triste ce constat de chacun pour soi. Par exemple, c’est vrai que le public rock en général ne nous assimilepas du tout à toute la famille des Lysistrata, des Psychotic Monks, des MNNQNS et autres groupes de rock français indé que l’on adore et avec qui on est copains. Il y a toute une scène rock à laquelle on n’appartient pas ou plus : on a conscience que notre musique est plus pop et plus accessible que la leur, mais on fait parti d’une même famille. Cette scène rock française est quand même super riche et c’est en s’aidant les uns les autres qu’on arrivera à faire avancer cette famille.

 

© Justine TARGHETTA

 

E: Et pour terminer, quel est votre Point G musical du moment ?
 


JN : Dernièrement je dirais Yak. On est trop contents de les accueillir bientôt, à Lyon. Sinon plein de choses différentes. J’aime beaucoup la nouvelle vague néo-classique Max Richter, Nils Frahms, Olafur Arnalds

A : L’anglaise Kate Tempest pour moi.

T : Bon Iver pour moi !

J : Toujours et encore Kanye West pour ma part. »

 

 

Mettons notre objectivité au placard : s’il n’y avait qu’une chose à retenir, c’est la sincérité sans équivoque de ces quatre garçons, une détermination sans faille, une fraternité intangible et leur volonté palpable de vouloir transmettre des émotions au public, quel qu’il soit. Il était enfin temps pour eux de se remettre sur le chemin de la scène, et ça nous ravit !

Pour les plus impatients, vous pouvez toujours précommander l’album The Big Picture ou bien réécouter en boucle Disappointed tout en prenant vos places pour la Messe de Minuit, qui aura lieu le 19, 20 et 21 septembre à Lyon.

 

© Justine TARGHETTA

© Justine TARGHETTA

© Eloïse CLANET

© Eloïse CLANET

© Eloïse CLANET