Voyou : « Je suis mon chemin à moi sans trop me soucier de ce qu’il se passe à côté. »

Lors de notre passage au Festival Saint Rock, le mois dernier, on a eu le plaisir de rencontrer Voyou. C’est à l’abri du soleil ardent, sous l’Orangerie de château de La Clayette qu’on a discuté de son premier album, de ses coups de cœur musicaux du moment, mais aussi un peu de la frénésie des réseaux sociaux et de la société actuelle…

 

© Leelou Jomain

Je vais commencer par une question assez bateau, mais : qui es-tu ? Est-ce que tu pourrais nous présenter ton projet ?

 

Voyou : Alors, qui je suis… Je m’appelle Thibaud. Je fais de la musique depuis très longtemps. J’ai été musicien pour des groupes pendant une dizaine d’années et après ça j’ai lancé mon projet solo. Je l’ai appelé Voyou. Et puis j’ai fait des concerts, et là j’ai sorti un album en février.

 

Ça va bientôt faire cinq mois que ce premier album, Les bruits de la ville, est sorti et que tu enchaînes les dates à travers la France, et le monde aussi. Comment tu te sens à ce stade-là dans ta carrière ?

 

Voyou : Comment je me sens… C’est marrant, c’est des questions que je ne me pose pas trop tous les jours. En fait ça fait tellement longtemps que je suis en tournée… J’ai eu une petite pause entre les groupes et mon projet solo mais j’ai toujours été en tournée, depuis 12 ans, un truc comme ça. Je suis un peu tout le temps sur la même ligne. Je ne dirais pas que c’est la routine mais en tous cas je prends ça exactement comme quand j’étais musicien pour les autres groupes. La seule différence c’est que maintenant j’ai d’autres trucs en plus à gérer. Le fait de faire des interviews par exemple, ou la promotion. Et puis plein d’autres choses qui vont avec le fait de monter son projet et de le faire tout seul à la base. Mais je me sens épanouie dans ma vie, dans mon projet, dans ma musique, et puis ça se passe bien. On joue dans des super festivals. Je voyage beaucoup avec ce projet aussi, donc je me sens plutôt bien.

 

Les bruits de la ville : on l’écoute où ? Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter ton album ?

 

Voyou : Alors les meilleures conditions pour écouter mon album… Je pense qu’il y en a plusieurs et j’ai pas envie d’en imposer aux gens. Je trouve que chacun écoute la musique un peu comme bon lui semble. Moi j’ai ma manière d’écouter la musique : soit c’est en tournée, dans le camion avec tout le monde, ou bien alors au casque quand j’ai envie d’écouter des trucs un peu plus pour me reposer l’esprit ; soit c’est chez moi, et j’achète beaucoup de vinyles, beaucoup de disques que je ne connais pas. J’aime savoir qu’il y a des gens qui font ça, qui achète mon disque chez un disquaire et qui l’écoute après sur une platine. J’aime aussi le fait qu’il y a des gens qui écoutent l’album quand ils sont sur Spotify, quand ils sont en voyage, ou même quand ils sont chez eux, ou en soirée. Vu que c’est un album qui est très diversifié, chaque morceau pourrait avoir, limite, son mode d’écoute différent des autres. Mais je pense que là on arrive dans des périodes où ça marche pas trop mal, quand il y a du soleil, pour écouter de la musique un peu ensoleillée.

 

 

 

 

 

Si je te demande la bande son de ta vie, en quelques morceaux, ça donnerait quoi ?

 

Voyou : Whoua ! C’est super compliqué… La bande son de ma vie… Alors, si jamais ma vie ressemblait à une journée, par exemple qu’il y avait un matin, un midi, un après-midi et un soir… Et comme j’écoute beaucoup d’album en entier, le matin je me lèverais avec l’album d’Emahoy Tségué-Maryam Guébrou, une pianiste éthiopienne, parce que ça réconforte un peu, et puis ça réveille en douceur. Après le midi j’écouterais Microcastle de Deerhunter, histoire de me mettre un peu dans une ambiance énergique. L’après-midi, j’écouterais probablement un album de Haruomi Hosono, Hosono House. J’écouterais cet album-là, je pense, parce que c’est assez tranquille et en plus c’est un mec, un japonais, qui fait une musique qui emprunte beaucoup aux sonorités sud-américaines aussi. En fin d’après-midi, j’écouterais un album des Meridian Brothers. J’ai plus le titre… mais j’ai la pochette en tête. Après, pour redescendre un peu de ma soirée, j’écouterais l’album Madvillainy de Madvillian et je m’endormirais en écoutant… Je vais dire un truc récent… le dernier album d’Aldous Harding (Designer). Voilà.

 

 

Tu tournes beaucoup et c’est un rythme assez intense, mais est-ce que malgré ça tu trouves des moments propices à la composition ? Ou est-ce qu’au contraire tu préfères un endroit plus calme, familier également, te dire que la tournée est terminée, et que là tu peux te poser pour composer ?

 

Voyou : J’ai toujours beaucoup composé en tournée, du coup j’ai des moments dans le camion où je mets mon casque et vu qu’on a plein de temps à tuer et bien je le tue en écrivant des morceaux. Après, c’est assez propice la tournée pour ça. J’ai aussi vachement besoin de partir de mon quotidien et d’aller dans un endroit que je ne connais pas trop, un endroit un peu bucolique. J’aime bien aller au Pays Basque par exemple : devant la mer pour écrire, devant la montagne, ou en Normandie. J’aime bien composer au bord de la mer ou bien alors au milieu de la campagne perdue… mais dans des endroits calmes où il y a peu de gens. Même quand je vais faire des concerts, toute l’année ou même en festival, quand tu arrives quelque part tu es tout le temps avec des gens, c’est-à-dire que tu n’as jamais de moment pour toi. Tu rencontres plein de gens qui t’accueillent chez eux donc tu prends le temps de discuter avec tout le monde. Tu fais ton concert, avec des gens encore, et tu rentres le soir à l’hôtel, tu es un peu épuisé, tu t’endors… et puis après quand tu rentres chez toi (vu que j’habite à Paris) et bien… (je sors beaucoup en plus) je suis au milieu des gens, encore. Du coup j’aime bien prendre un maximum de choses de tout ça, de toutes les discussions que je peux avoir avec les gens que je rencontre ou avec mes amis quand je rentre, et puis après m’éloigner de mon quotidien pour pouvoir écrire dessus, sur mon quotidien et celui des gens qui m’entoure.

 

© Leelou Jomain

La cadence dans l’industrie musicale s’est beaucoup accélérée cette dernière décennie, tu fais partie de ces artistes qui ont pu finalement arriver sur la scène publique rapidement. Est-ce que ce rythme effréné te fait peur ? Est-ce que tu ressens, par exemple, déjà une pression (extérieure) pour un prochain album ?

 

Voyou : En fait pas trop parce que même si mon album s’est bien imposé dans le paysage ces derniers temps, en tout cas dans le style de musique que je fais, et bien il est quand même assez en marge de tout ce qui se fait actuellement. Donc je suis mon chemin à moi sans trop me soucier de ce qu’il se passe à côté. Et finalement la musique que je fais ne ressemble pas trop aux grosses machines que tu peux entendre en ce moment. Ça me rassure plutôt, parce que les gens qui vont écouter ma musique et bien ils ne vont pas avoir d’autres artistes qui vont sortir un album trois mois après qui va être quasiment la même musique que moi et auquel ils vont s’accrocher pour avoir toujours un truc à consommer. Si jamais ils veulent écouter cette musique là ils sont obligés d’attendre que j’écrive un autre album. Ça peut paraître prétentieux dit comme ça mais ça ne l’est pas. Je fais attention à avoir un truc qui ne ressemble pas trop à ce qu’il se passe autour de moi aussi. Déjà parce que c’est comme ça que j’écris la musique et que j’ai pas trop envie de me coller à des formats qu’on m’impose et en plus de ça parce que j’ai envie de pouvoir avancer à mon rythme et de ne pas être constamment en pression de savoir s‘il y a un mec qui fait la chose que moi.

Au-delà de l’aspect musical à proprement parler, il y a les paroles. J’essaye d’écrire des chansons de manière un peu différente aussi et de parler d’une autre manière que mes contemporains. Mes contemporains que j’écoute énormément et dont j’aime profondément la musique, pour la plupart…pas pour tous, hein, il y en a plein que je déteste aussi profondément, même si je ne leur en veux jamais de faire la musique qu’ils font. Ça ne me parle pas, c’est tout. Je ne ressens pas trop cette pression parce que j’ai l’impression de pouvoir continuer à m’amuser, à faire mes trucs, et en plus de ça j’ai pas un succès immense. Il y a encore plein de gens qui peuvent découvrir ma musique. C’est pas comme si j’étais partout non plus. Je me sens plutôt rassuré avec ça. Mais on verra, peut être que je vais sombrer dans l’oubli au prochain album. En même temps s’est arrivé à plein groupes pour lesquels j’ai joué. Ça m’arrivera probablement, et le jour où ça m’arrivera et bien je ferais autre chose et c’est pas grave, c’est la vie. Je vais pas forcer les gens à aimer ce que je fais. A partir du moment où ce que je raconte n’est plus intéressant pour les autres et bien ça veut dire que mon projet n’a plus lieu d’exister et qu’il faut que je passe à autre chose.

 

 

Est-ce que tu te sens libre dans ta musique ?

 

Voyou : Bah ouais vachement, c’est ce que je te disais, tu vois. En fait j’ai la chance d’avoir un label, le label Entreprise, qui me laisse faire tout ce que je veux, et qui me laisse le temps de faire les choses aussi. En plus de ça je suis très indépendant dans la composition c’est-à-dire que… que ça soit la composition, l’écriture des textes ou les arrangements, je fais tout tout seul, donc je peux faire exactement ce que je veux et juste proposer un objet fini au moment de rentrer en studio. Je ne me retrouve pas à devoir faire des concessions parce que je ne suis pas capable de faire mes arrangements par exemple, et du coup je devrais les confier à quelqu’un d’autre et espérer que ça soit comme je l’entends… donc ça c’est une chance. C’est aussi pour ça que j’ai mis autant de temps à lancer mon projet, c’est que j’avais besoin de pouvoir maîtriser toute la composition, l’arrangement et l’écriture d’un morceau, pour être sûr que personne n’allait jamais m’imposer sa manière de faire. Et finalement mon album je l’ai fait comme ça et j’en suis hyper content. Avec tous les défauts qu’il a, et bien moi j’en suis super content. Et je sais que je continuerai à faire des albums comme ça parce que ça me rend profondément heureux et ça me fait me sentir libre dans l’écriture, là où je ne l’étais pas forcément quand j’étais avec d’autres groupes avant. Du coup, ouais, je me sens libre.

 

Tu ne ressens pas de contrainte extérieure, mais est-ce que toi tu t’en imposes ?

 

Voyou : Non, pas trop, au contraire. Mais je pense que c’est pour ça aussi que les morceaux ne se ressemblent pas trop sur mon album. Je permets à chaque histoire d’avoir un décor super différent de l’autre histoire parce que tu te fais chier si tout se passe dans le même décor. Du coup, je laisse chaque chanson avoir sa vie. Si jamais à la fin elle ne me plait pas et bien je ne la sors juste pas, et c’est tout. Je passe à une autre.

 

Est-ce que tu vois, littéralement, la musique ? L’ouïe et la vue c’est deux sens qui vont de pair pour toi ? Est-ce que quand tu composes tu imagines instinctivement, directement, une ou des images qui vont avec ta musique ?

 

Voyou : Dans les paroles, oui. J’ai vraiment des paysages, des couleurs, des ambiances sonores et même des odeurs qui me viennent quand je raconte des histoires. Et du coup j’essaye de les décrire le plus précisément possible. Dans l’écriture de la musique, non. J’entends un truc très précis et je fais en sorte de le reproduire le plus précisément possible après sur mon ordinateur. Mais les paroles c’est très visuel, et la musique c’est très sensoriel. J’entends un truc qui est déjà très abouti et puis j’ai juste à le réécrire. J’ai la chance d’avoir suivi des études au conservatoire donc de maîtriser assez l’écriture musicale pour pouvoir reproduire rapidement les idées que j’ai dans la tête, donc d’avancer vite dans la composition. Ce qui parfois peut être un problème parce que du coup il y a peu de place à l’erreur mais… c’est comme ça que je fonctionne et j’y réfléchis pas trop à vrai dire.

 

 

Jouer en live, tu as fait presque ça toute ta vie, et pendant des années avec différents groupes (Pégase, Rhum for Pauline, Elephanz). Qu’est-ce que ça t’a apporté, et qu’est-ce que ça t’apporte encore aujourd’hui ?

 

Voyou : Déjà d’avoir joué avec des groupes avant, c’était un peu comme des années d’études avant de lancer ma startup à moi, où je regardais vachement ce que faisaient les autres musiciens autour de moi et ce que faisaient surtout les frontman. A chaque fois, j’avais cette frustration de dire « Putain, à tel moment j’aurai voulu dire ça au public, ou faire ça. » Et du coup je me suis vachement construit dans la frustration d’être derrière et de pas pouvoir avoir les manettes des projets dans lesquels je jouais. Ça m’a vachement appris parce que je me suis construit dans ma tête tout un imaginaire dans lequel j’étais sur scène, dans lequel j’évoluais avec le public de telle manière ou telle manière en fonction de tout ce qu’il se passait tous les soirs où je jouais. Et puis au-delà de ça, ça m’a appris parce que j’étais quand même avec des mecs qui étaient de super musiciens et qui géraient leur barque hyper bien et… autant j’ai appris de leurs erreurs, j’ai aussi vachement appris de leurs victoires et de tout ce qu’ils ont bien fait sur scène. Je me disais « Ah putain c’est vrai qu’on peut faire ça, c’est super quoi ».

 

Pour revenir à ton album, est-ce que tu composes en pensant directement au live, ou tu te concentres vraiment sur la version studio et plus tard tu réinventes adapte, tes morceaux à la scène ?

 

Voyou : Quand je compose les morceaux, je cérébralise pas du tout, je compose les morceaux tels qu’ils viennent et j’essaye d’aller au bout de mes idées. Après, par contre, vu que j’ai joué tout seul pendant très longtemps, enfin pendant deux ans, à chaque fois que je composais un morceau et bien je le jouais genre directement le concert d’après sur scène. Et je voyais comment ça marchait avec le public, j’ajustais certaines choses. Après là le travail est différent parce que maintenant j’ai des musiciens donc déjà ça va moins vite et en plus de ça, les morceaux isont déjà figés sur album donc c’est une autre phase où on se les réapproprie, on allonge certaines parties et on les retravaille pour qu’en live ils soient le plus cool possible pour le public. Mais après je peux plus changer ce que les morceaux sont sur l’album. J’ai hâte de rentrer dans la phase où je vais commencer à faire jouer mes musiciens sur les morceaux que je suis en train d’écrire en ce moment, pour voir comment ça marche, et puis peut être que ça va me donner aussi d’autres idées. Comme ça l’a toujours fait… il y a toujours eu un question-réponse entre jouer le morceau en live, composer le morceau, le jouer et puis changer des trucs sur la compo et le rejouer. Mais la plupart du temps, la version est assez définitive avant que je la mette en live.

 

 

Ton univers visuel est très marqué. Est-ce que dès le départ de ce projet tu voulais avoir une identité ou ça s’est fait au fur et à mesure ?

 

Voyou :  Je l’ai construite au fur et à mesure mais je connaissais les enjeux de l’identité visuelle. Alors c’est à la fois le truc qui me fait le plus chier en ce moment et à la fois ça fait partie du truc… Aujourd’hui, l’image est devenue presque plus importante que la musique dans la musique. Je trouve ça terrible qu’on puisse aimer des artistes sur Instagram avant de savoir ce qu’ils font comme musique par exemple. Surtout d’être fan de gens pour leur image et après d’être prêt à accepter n’importe quelle musique juste parce que tu as envie de continuer d’être fan de cette personne parce que tu aimes son image. C’est terrible parce que ça abaisse le niveau de la musique, en quelque sorte. Après ça a toujours été le cas plus ou moins. Et puis c’est devenu tellement compliqué d’avoir un média qui marche que plus personne ne dit aux gens quoi écouter, ils se contentent (les médias) d’aller voir les trucs que les gens écoutent déjà en masse, et puis d’en parler pour être sûr qu’on les écoutera. On guide plus du tout les gens, on ne leur dit plus d’écouter ce truc-là parce qu’il y a ça et ça qui font que c’est intéressant. On te dit « Ah ouais, ça c’est génial, ça cartonne en ce moment ». Tu n’as plus aucun jugement de valeur en fait. Ce n’est qu’un jugement d’image et ça fait chier parce que du coup tu es obligé d’avoir Instagram et poster des photos toute la journée et ça te déconnecte du monde réel, et de la musique aussi. Je trouve ça à la fois super, parce que ça fait émerger plein d’artiste, mais aussi terrible quand ton but premier c’est de faire de la musique et pas d’être le plus beau et pas le mieux sapé et d’avoir les plus belles photos… Après moi ça m’amuse de dessiner ou de faire des trucs comme ça mais aussi parce que c’est pas ma gueule. Ça me fait chier de devoir prendre des photos de moi parce que sinon j’ai pas de like et les médias ils se disent « Ce mec là, il a pas de like. On va pas faire d’article sur lui ». Ça me fait chier de devoir adhérer à ce système pourri… c’est le truc d’aujourd’hui. C’est la manière de consommer des gens. Et on peut pas leur vouloir de consommer comme ça. Il y a certainement une raison. Après je ne me sens pas trop connecter à ça. Du coup j’essaye de m’amuser comme je peux avec le dessin, avec les couleurs, avec ce qui me plait. Mais je sais que je suis pas le plus branché de la terre sur ces choses-là.

 

C’est toi qui gères tes réseaux où c’est quelqu’un d’autre qui le fait ?

 

Voyou : C’est moi qui les gère. Après j’ai demandé plein de fois à mon label d’arrêter les réseaux. Je leur ai dit que j’aimerai bien quitter Instagram, Facebook. En fait j’ai d’autre chose à foutre de ma vie que d’aller poster des photos de ma gueule sur Instagram quoi. Et ils m’ont dit « Ouais c’est super…mais non c’est pas possible. Tu peux pas arrêter ça parce que sinon tu existes plus en fait ». Je trouve ça terrible de devoir exister numériquement pour pouvoir exister physiquement quoi, pour pouvoir faire exister un projet…. Mais c’est comme ça et j’ai bon espoir que ça change à un moment donné. Mais tant que ça ne changera pas et bien moi je serai obligé de suivre la masse et de faire ça.

 

Tu as des ambitions pour demain ?

 

Voyou : Bah… Pff. Avoir une belle vie quoi. Continuer à m’amuser, à faire de la musique. J’ai envie de continuer à faire de la musique pour d’autres personnes aussi, pour pouvoir être un peu tranquille des fois, pour ne pas être obligé de vivre à Paris tout le temps. J’ai envie d’avoir une maison qui me plaise… En fait j’ai envie d’avoir une vie comme tout le monde. C’est marrant qu’on ne pose jamais cette question à d’autres personnes qu’à des artistes, genre on s’en fout de savoir quelles sont les envies d’un banquier par exemple, ou d’une caissière. Alors qu’un artiste on lui demande parce que ça nous intéresse.  Mais mes envies elles ne sont pas beaucoup plus différente que celle d’une caissière ou d’un banquier : être heureux, avoir des ami.e.s, avoir une famille, une maison, avoir des choses qui me rappellent des souvenirs, avoir une belle collection de disques, et puis continuer à faire ce que j’aime.

 

Tu parlais de faire de la musique pour d’autres artistes : tu produis d’autres artistes du coup ?

 

Voyou : Ouais, je fais un peu ça. Là récemment, j’ai fait un morceau pour Vincent Delerm. J’ai fait des choses un peu avec Yelle mais je sais pas quand est-ce que ça sortira. Je vais faire aussi un peu de musique de film. C’est quelque chose qui m’attire vachement. Ça fait hyper longtemps que je veux faire ça, mais personne ne m’a jamais… enfin, tu vois, quand j’étais bassiste pour des groupes, tout le monde s’en foutait que je compose de la musique. Et ce projet là (Voyou) c’est aussi une manière d’avoir une carte de visite pour pouvoir faire de la musique pour d’autres personnes. Et peut-être qu’à un moment donné, quand j’en aurai marre de la tournée, je pourrais continuer à gagner ma vie comme musicien s’en forcément devoir partir faire le tour de la Terre tous les jours. Me reposer un peu.

 

Quel est ton point G musical du moment ?

 

Voyou : Il y a plein de trucs. En ce moment j’écoute beaucoup les deux albums de NoName, c’est une rappeuse de Chicago qui fait ça, avec des musiciens derrière qui jouent… ambiance new soul, tu vois à la Erykah Badu. C’est hyper bien fait, harmoniquement c’est trop beau, les mélodies elles sont super, il y a des chœurs dans tous les sens. Ça a vraiment été un gros frisson récemment. L’album d’Aldous Harding aussi, vraiment, a été aussi un gros frisson. Le dernier Deerhunter, il m’a pas mal plu aussi… mais ceux-là je les ai déjà cités. Sinon en ce moment j’écoute un truc de… en fait j’achète des disques bizarres et je m’en rappelle jamais. Ecole Turdy… c’est genre une école au Ghana je crois, avec un prof qui faisait chanter des trucs à ses gamins, c’est trop beau. Et puis… Tiens j’en parle jamais de ça, mais Altin Gün aussi ça a vraiment été un gros truc l’année dernière. Et en fait je me suis rendu compte que c’était beaucoup de reprises dans cet album et là je viens de chopper une compile de rock psyché turc des années 70 à 80 qui est absolument magique. Dessus, tu retrouves certains morceaux qui sont aussi sur celui d’Altin Gün. Je sais plus comment elle s’appelle la compile, mais il y a des grosses flammes dessus. La pochette est vraiment horrible mais la compile est trop bien. Et quoi d’autres… je sais pas moi ça fait déjà quelques trucs.

 

 

Un grand merci à Voyou et au Festival Saint Rock ! 

Voyou sera de retour dans la région le 13 décembre, au Fil (Saint-Etienne), alors file vite t’acheter une place!