Suzane : « Mon album arrivera début 2020, il y aura du connu et de l’inédit »

Elle déchaîne les foules et est l’artiste qui se produit le plus durant tout l’été (Vieilles Charrues, Francofolies, Chien à Plumes…), Suzane est partout, sur toutes les bouches et dans toutes les oreilles. On a pu lui poser quelques questions avant son passage au Saint Rock festival. On y a parlé féminisme, Orelsan et mélange de styles. Rencontre.

B. : Salut Suzane ! Peux-tu te présenter ? 

Suzane : Je suis Suzane. J’aime bien dire que je suis une conteuse d’histoires vraies sur fond d’électro. Je viens d’Avignon, j’écris, je compose et je danse.

 

B. : Je t’ai découvert au Transbordeur lyonnais, dans le cadre de la tournée Ricard Live Musique avec Salut C’est Cool et Dampa. Vous vous êtes bien entendus ?

S : Carrément ! Je connaissais déjà Dampa parce qu’on s’était croisés au chantier des Franco[folies]. C’est un super groupe, j’aime beaucoup leur musique donc j’étais ravie de les recroiser sur cette tournée. Salut c’est Cool je les ai découvert, je connaissais assez peu leur univers, je connaissais pas forcément les personnages, c’est des gars hyper cool, le mot les représente bien et leur musique l’est aussi. Il y avait une très bonne ambiance sur cette tournée. On fait des choses très différentes mais humainement comme artistiquement on se soutenait les uns les autres.

 

B. : Avec eux mais maintenant aussi en solo, tu fais une tournée monumentale, si bien que tu es l’artiste qui squatte le plus les festivals cet été avec 34 prestations. Ça va ? Tu tiens le rythme ?

S : Ouais carrément ! Je pense que c’est une vraie chance d’avoir accès à autant de scènes, pour rencontrer les gens, partager ma musique et je trouve que dans le live il y a toujours une autre dimension.

 

B. : Ça ne fait pas trop industrie d’enchaîner tous le soirs ou presque ? 

S : Non pour le moment je le ressens pas comme ça. A chaque fois c’est un kiff, il n’y a pas ce côté routinier parce qu’on rencontre des gens, des sites différents, et puis même, l’ambiance n’est jamais vraiment la même. Pour le moment c’est du kiff.

 

© Justine Targhetta

B. : Tu revendiques dans tes textes le fait d’avoir été serveuse. Est-ce une façon de garder pied avec la réalité ?

S : Ouais je pense. C’est vrai que quand j’ai signé dans la maison de disque avec laquelle je travaille aujourd’hui, j’ai pas tout de suite lâché mon boulot de serveuse, ça s’est fait petit à petit. J’avais pas envie de m’emballer parce que je sais que c’est beaucoup de travail, qu’on arrive pas comme ça sur scène. J’ai gardé mon boulot de serveuse jusqu’au moment où je pouvais plus le garder, quand j’ai vraiment commencé à enchaîner les dates. Je trouve que c’est important de garder les pieds sur terre, j’essaye toujours de voir mon entourage au maximum, de voir mes copines, mes anciennes collègues de bureau…

 

B. : Tu as sorti cinq titres dont le dernier est une reprise de France Gall, « Laisse Tomber les Filles », sorti en collaboration avec Deezer dans le cadre de la playlist Souvenirs d’été. Comment ça s’est passé ?

S : Ce sont eux qui sont venus à moi, ce que je trouve super cool. Je pense qu’ils connaissaient ma musique avant et ça m’a beaucoup plu qu’ils s’y intéressent. Dans tous les cas je comptais faire cette reprise que je joue sur scène et ça tombait pile poil parce que cette reprise est assez estivale et je pense qu’elle rentre assez bien dans la playlist Souvenirs d’été.

 

B. : Et du coup, France Gall est pour toi inégalable ? 

S : Ouais je pense… Gainsbourg et France Gall, la collab’ est déjà assez ouf et c’est surtout que la chanson est sortie en 1964, c’est du patrimoine et je trouvais ça intéressant de la faire découvrir aux jeunes qui ne la connaissent pas forcément. Je trouve aussi qu’elle a un côté ultra large cette chanson, c’est-à-dire que la petite fille peut la chanter mais la grand-mère aussi, la maman aussi, j’aime beaucoup ce côté transgénérationnel. Tout le monde chante et tout le monde la connaît, c’est cool. De plus, France Gall est une figure féminine qui m’a beaucoup inspiré.

 

 

B. : Justement, tu parles beaucoup de féminisme, de harcèlement dans tes chansons. Te vois-tu comme une chanteuse engagée ?

S : Je sais pas si je me considères comme militante, peut-être que ça part de mon caractère. Je sais pas si je suis engagée mais en tous cas je suis concernée par le harcèlement parce que déjà je suis une femme. Je pense que c’était quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps. Quand j’ai écrit cette chanson, on était en plein mouvement #MeToo*, c’était il y a deux ans. J’étais encore serveuse à ce moment-là, j’entendais énormément de débats autour de moi et je pouvais pas y prendre part donc mon seul moyen de m’exprimer là-dessus a été d’écrire une chanson, plus crue que les autres. J’avais vraiment envie qu’on ressente cette violence que peuvent avoir les mots quand on les prend dans la rue, au travail ou n’importe où. C’est un message que je suis fière de porter. En plus, cette chanson a eu un très bel accueil, de la part des filles comme des garçons, je pense que c’est un combat qu’on doit mener ensemble.

 

B. : Tu fais le choix d’utiliser des mots crus dans cette chanson à la différence d’Angèle, on doit te la citer souvent, qui elle aussi traite du même thème dans ses son.  

S : Je pense que ce qui est bien c’est que les langues se délient. Angèle le fait à sa manière, moi je vais le faire à ma manière aussi et c’est intéressant d’avoir plusieurs approches pour les gens qui écoutent différentes choses.

 

B. : Si tu devais choisir, plutôt chanson française ou électro ?

S : Aïe ! [rires] Là tu me poses la question un peu dure ! J’écoute de tout, tous les jours, j’essaye d’écouter un max de choses, peut-être un peu moins de métal mais j’en écoute quand-même pour m’imprégner d’autres choses. Mais là c’est un peu comme si tu me demandais de choisir entre mon papa et ma maman, je t’avoue que c’est un peu difficile.

 

B. : La question à 100 balles : y-a-t-il un disque de prévu ? 

S : Il y a un disque qui arrive oui. J’ai sorti un petit EP de 4 titres comme un avant-goût, l’entrée avant le plat et puis je pense que cet album va arriver en janvier 2020 donc c’est dans pas si longtemps. Il y aura toutes les chansons que je joue sur scène et il y aura encore du plus… On crée l’attente et j’espère que ceux qui sont là maintenant seront là pour cet album.

 

 

B. : Si tu devais faire une collaboration avec un artiste, tu choisirais plutôt quelqu’un dans ton univers musical ou justement un artiste extérieur, pour s’enrichir mutuellement ? 

S : Je vais pas forcément aller vers quelqu’un qui va coller sur le papier, je trouve ça intéressant justement d’aller chercher des collab’ improbables. Je parle souvent d‘Orelsan, j’aime l’artiste, j’aime le personnage, son cynisme… Il est dans le rap, je suis plus dans la « chanson » et peut-être qu’un jour on se rejoindra sur quelque chose. C’est le début pour moi donc tranquille mais c’est un artiste qu j’admire beaucoup.

 

B. : C’est assez étonnant parce qu’il y a beaucoup de féministes qui pourraient dire que travailler avec Orelsan est impossible alors que toi tu le vois pas comme ça…

S : Je ne suis pas vraiment d’accord… C’est un artiste que j’écoute depuis longtemps, j’avoue que la première chanson « Sale pute » m’a un peu… écorché. J’ai rejeté Orelsan et puis après j’ai appris à l’aimer et je pense que c’est une mauvaise étiquette qu’on lui colle. Je ne pense que ce soit un garçon misogyne et je pense que de plus en plus dans ses chansons il revendique autre chose, il est pas forcément comme ça. Je trouve ça dommage parce qu’on peut tous faire des erreurs… Puis je ne pense pas que ce soit une erreur, il ne faut pas oublier que c’est un personnage, il écrit de façon « fictive ». Je pense que n’est pas forcément lui qui pense tout ce qu’il raconte. J’aimerais en parler un jour avec lui ! [rires]

 

B. : As-tu une promo à faire pour une artiste féminine ?

S : Une artiste pas trop connue, que j’ai croisé au Fnac Live c’est Léonie Pernet. Je trouve qu’on voyage beaucoup quand on écoute ses chansons, que c’est très singulier, c’est ma découverte de la semaine !

 

B. : Pour terminer, quel est ton point G musical du moment ? 

S : En ce moment j’écoute beaucoup Billie Eilish, un peu comme tout le monde je pense, je la trouve très forte. Elle une identité vocale incroyable, on sent quelque chose de très personnel, très léché. Je trouve qu’il y a une vraie énergie dans ses titres, dans les visuels aussi, je trouve que tout est nickel, elle me plaît beaucoup, c’est mon coup de cœur du moment !

 

#MeToo : Mouvement crée en 2007 par Tarana Burke dans le but de dénoncer les violence sexuelles. Il est repris dix ans après par l’actrice Alyssa Milano sous forme de Hashtag suite à l’affaire Harvey Weinstein, producteur américain accusé d’agressions sexuelles.