Un deuxième chapitre pour Last Train avec The Big Picture

Vendredi 13 Septembre. Une date en somme toute mythique : évocatrice de malheur pour certains, de chance pour d’autres… Mais qu’est-ce que la chance après tout ? Quelque chose que l’on provoque ou un amoncèlement de hasard ? (Ok..ok j’arrête là.)

Quoi qu’il en soit, ce vendredi 13 a marqué la sortie de The Big Picture, le second album de Last Train. Et si ce nouvel album leur réussit, ce n’est pas de la chance mais bel et bien un travail de longue haleine sur plusieurs mois qu’a fourni ce quatuor alsacien.

 

Ils nous avaient laissé là, seuls. Pour unique compensation auditive, Weathering et ce pendant deux ans. Depuis quelques semaines, ils nous toisaient du regard, suscitant notre curiosité avec des pépites allant de The Idea of Someone à Disappointed et plus récemment à The Big Picture.

Mais à présent, toutes les régions de France et de Navarre – le monde entier en fait, merci le stream ! – peut se targuer d’avoir entre les mains et surtout dans les oreilles ce nouvel album. 57 minutes, soit 9 titres qui épousent parfaitement l’évolution même du groupe.

Dès le départ, on pouvait pressentir que ce deuxième chapitre qu’est The Big Picture prendrait des tournures différentes de ce que l’on connaissait déjà. Plus corrosif, plus abrasif encore que Fire ou Weathering ou Dropped by the Doves, Between Wounds… Quelque chose de plus grand se tramait. Un passage en Norvège pour l’enregistrement de l’album et une collaboration avec l’orchestre symphonique de Mulhouse – pour certains morceaux – laissait présager du bon à venir.

© Justine Targhetta 

Alors on avait quitté Last Train sur les routes, enchaînant les concerts – qui étaient leur marque de fabrique et le symbole même de leur précèdent album. Aujourd’hui, The Big Picture apporte quelque chose de nouveau, cet album s’est construit morceau par morceau et découle d’une évolution musicale, d’une maturité ambiante aussi bien pour Jean-Noël Scherrer, chanteur et guitariste du groupe que pour les garçons qui l’accompagnent, Timothée Gerard, Julien Peultier et Antoine Bashung. En effet, ils ont pris le temps, ils ont grandi, tout simplement.

 

Non pas que cet « album soit celui de la maturité », formule à la con qu’emploient les journalistes pour acter l’évolution même de la recherche artistique – Mais Last Train a su évoluer vers quelque chose de plus intrinsèque, de plus personnel. Un exutoire émotionnel laissant une saveur inexplicable, qui nous touche, tous.

 

Dès les premières notes : All Alone et Scars donnent le ton. Une tension sinueuse, évocatrice des débuts du groupe (on pense à Way out, ou Fire par exemple) et qui nous permettent de mettre tout doucement le pied à l’étrier et de mieux (re)découvrir l’osmose fraternelle qui unit le groupe. Une nostalgie vite oubliée avec On our Knees, qui s’ancre, progressivement, et qui a pour seule route de sortiel’explosion.

 

Effectivement, ces 57 minutes donnent le tournis. On vagabonde à travers différentes émotions, on s’abandonne vers différentes sensations. À l’image de I only bet on myself,  fondamentalement rock, des refrains accrocheurs, une batterie explosive que l’on suit du début à la fin, des lignes de guitares percutantes, une voix éraillée, flamboyante. En bref, une rythmique entêtante qui vous tient pendant plusieurs jours.

 

The Idea of Someone – juste à temps pour descendre du train (on a fait mieux), fumer une cigarette et souffler deux petites secondes. Une entrée en matière avec une voix presque timide, aboutissant à une purgation, une course poursuite guidée par des guitares omniprésentes avec toujours, l’idée de quelqu’un en tête… « I’ve been busy mending the pieces of my heart
But every wounded part is still dedicated to the Idea of Someone 
»

Une nostalgie ambiante brutalisée par Disappointed que l’on ne présente plus – sorti depuis plusieurs semaines déjà – Une détonation agressive, qui vient te déstabiliser et apporte presque une vague saccadée, sensuelle voire orgasmique. Les montagnes russes on vous l’avait pourtant dit, non ?

Tired since 1994 vient calmer le jeu, doucement… Une préparation rondement menée pour vous diriger directement vers Right Were we belong.

La claque survient alors. Un pari osé que de mettre ce bijou qu’est A Step Further Down sur cet album. Le piano pour seul instrument, qui est touché avec délicatesse, et pose les prémices de la pièce maitresse qu’est The Big Picture.

Il y a quelques mois, Tim bassiste du groupe évoquait la création du titre, qui à la base n’était pas au programme « C’est un thème que Jean-Noël jouait au piano sur place. Il a demandé à Rémi [Rémi Gettliffe, producteur de l’album, ingénieur son et fondateur de White Bat Recorders] de l’enregistrer un soir. On était tous dans le studio, dans le noir complet et ça s’est fait en une prise. On l’aurait jamais testé ailleurs [qu’en Norvège], et finalement elle se retrouve sur l’album. »

 

The Big Picture, ce titre éponyme a fait l’effet d’une bombe, il y a deux semaines maintenant. 10 minutes qui pourtant n’en paraissent que quelques secondes. Un rythme lancinant qui se mêle à la puissance électrique des guitares et de l’orchestre qui l’accompagne. Un trop plein d’émotions surgit alors, et le cœur lourd on se laisse guider aveuglement vers cette libération…

 

Pour accompagner le tout, un clip introspectif réalisé par le guitariste du groupe, Julien Peultier, retraçant l’évolution du groupe. 12 ans d’archives et la vision du chemin exceptionnel qu’ils ont parcouru durant tout ce temps. Ils nous offrent là une belle bribe de vie !

Affilié à cette nouvelle génération rock de plus en plus prolifique, Last Train réussit à trouver sa marque de fabrique : diablement rock et divinement émotionnel. Un mélange subtil qui valait le coup d’attendre que Last Train nous apporte The Big Picture sur un plateau d’argent. Et si ce vendredi 13 leur a réussi, non effectivement ce n’est pas de la chance, mais simplement une forte détermination à vous montrer ce qu’ils ont au plus profond d’eux.

Il est temps de retrouver ces quatre garçons dans le vent dans les salles de concert les plus proches de chez vous et notamment à la Messe de Minuit, jeudi 19 Septembre à l’Épicerie Moderne accompagnés de Night Beats. 

 

 

© Illustration de Léa Gavillet